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PORTER L’AVENIR L’Histoire d’une sculpture monumentale

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A la ville, sa silhouette élancée, sa mise soignée, son air d’intellectuel concentré derrière ses lunettes à fines montures, donnent à François Lavrat l’allure d’un cadre énergique et pressé. Comment imaginer que son univers c’est le fer et le feu de son atelier de sculpteur ? Et pourtant ! Quand on le retrouve dans sa tenue de travail, au milieu des gerbes d’étincelles de l’arc électrique, occupé à contraindre la matière, à donner au métal ses lettres de noblesse artistique, la mutation est si parlante, si évidente, qu’elle se suffit à elle-même.

Depuis le début de sa carrière, cet artiste talentueux aspire à unir la création innovante à l’exigence du métier, à inventer et non à reproduire. Son œuvre, plurielle et abondante, doit beaucoup à son environnement familial tourné vers l’art, et s’est nourrie au fil des ans de ses expériences personnelles vécues avec hardiesse et passion.

Son enfance heureuse, dans une ambiance familiale peu conventionnelle, mais d’une totale luxuriance artistique, a certainement contribué à orienter sa voie.

Dès son plus jeune âge, il commence à travailler le métal, par jeu et par plaisir, dans l’atelier de son père, André Lavrat, grand ferronnier d’art.

Cette figure de l’Orléanais au passé artistique aussi divers que mouvementé avait monté dans les années 50 le cirque Lavrat, et il avait été le premier à réaliser l’exploit de traverser la Loire en funambule sur un câble en 1952 : quatre cent treize mètres de traversée à quinze mètres au-dessus de l’eau par une pluie battante au lieu-dit, cela ne s’invente pas, Le Bout du Monde !

Dans le domaine de la ferronnerie, cet inventeur génial, deux fois primé au concours Lépine, a aussi été un novateur puisqu’il a inventé dans les années 60 le procédé du "fer en fusion" et l’a fait breveter.

Ce procédé permet la réalisation d’œuvres artistiques originales dans une matière très riche, d’aspect volcanique, avec des vagues de métal puissantes et vibrantes qui les enveloppent pour leur donner une carnation vivante, un souffle et une présence authentiques.

Élevé près de ce vulcain des temps modernes, François Lavrat a tout naturellement "attrapé le virus". Bachelier en art plastique et ancien élève de l’École Boulle, il reprend dans sa création la technique de son père, en l’exploitant à sa façon. Très vite remarqué, il obtient le Grand Prix Révélation en 1985, le Grand Prix Européen de la Sculpture (Prix Géricault) en 1989, la médaille d’or du Mérite et du dévouement Français en 2002, année où son Exposition à la mairie du XIIIème arrondissement de Paris est particulièrement remarquée.

Citons également la médaille d’or, doublée du Prix du Public au Salon de Saint Arnould-en-Yvelines en 2003.

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A travers une originalité absolue, sa sculpture fait la synthèse des influences passées et actuelles où se mèlent observation symbolique et lecture introspective du modèle. Son souci de la compréhension de la vie sous toutes ses formes, qui inclut la sensibilité et le mystère, se traduit dans un langage poétique, mais aussi formel, spirituel et universel.

Tout son art est un singulier mélange de modernité et de classicisme et son expression tient beaucoup au symbolisme puissant et direct qui la fait vivre : "J’utilise souvent le biais d’une anatomie symbolique pour renforcer le caractère d’un sujet et la façon dont je le rêve... Une jambe plus courte sous le poids de l’effort, un pied effilé comme un bec d’oiseau pour amplifier la vitesse d’un sauteur d’obstacle ou une main gonflée de muscles se resserrant sur la gorge d’un dragon, autant de symboles loin d’une fidélité naturaliste mais tellement plus proches de nos sentiments intenses qui font la force des rêves".

Comme les symbolistes du début du siècle, François Lavrat privilégie l’émotion, le mouvement par rapport à l’observation naturaliste. Le symbole intervient pour valoriser les sensations, qu’elles soient immédiates et évidentes ou sous-jacentes, lovées dans un mystère persistant où toutes les interrogations sont permises. Pour lui, la force du rêve est l’énergie créatrice du sculpteur.

Sa toute première sculpture, Le songe de la baleine (1982) figure la vision prémonitoire de l’animal face à sa fin proche, sujet austère, mais teinté d’une ironie salvatrice.

La deuxième, Le secret du hibou est un clin d’œil aux croyances de la Sologne où l’on clouait les hiboux aux portes des granges pour conjurer le mauvais sort. Chaque sculpture a ainsi sa propre signification symbolique, depuis la dignité et le dédain de Sa majesté la bête à cornes (le taureau), en passant par La reddition du seigneur (lion qui donne la patte) et Le colosse Montagne (mammouth qui charge), pour aboutir à des sculptures comme L’estocade, Aigle, Rhinocéros, Les trois Croix...

Nombre de ses sculptures puisent leur force à des sources mythologiques sur fond de "couleurs" d’aujourd’hui.

Les thèmes sont réfléchis et tirés de la culture et des aspirations profondes de l’artiste qui crée les résonances dans notre vie actuelle ; en général sous forme symbolique, parfois sous forme narrative. "Je suis passionné par la mythologie. Je me vois bien comme la réincarnation d’un guerrier grec de l’âge du bronze".

Parmi ses sculptures teintées de mythologie, citons aussi La grille aux six chimères de La Pergola à Sèvres.

Dans les créations de François Lavrat, l’alternance esthétique des pleins et des vides n’est pas sans rappeler la transparence significative des œuvres de Gargallo.

Il développe l’évidement des masses et l’emploi des plans concaves et convexes qu’il intègre dans un style d’une invention originale où la matière se contorsionne et s’enroule pour suggérer le volume. Il produit également des œuvres au modelé plus plein et plus figuratif. C’est le cas de sa série des joueurs de polo, dans laquelle l’homme et l’animal sont saisis sur le vif, et aussi de sa série « Étalon Amiral ».

Avec son fameux Étalon Amiral, François Lavrat atteint la virtuosité et s’inscrit dans cette longue lignée d’artistes qui, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, donnent au cheval, symbole universel de vitalité, de rapidité et d’élégance, une place de choix dans leurs représentations artistiques. L’Étalon Amiral est une pièce unique en inox de 1,40m de long, qui s’impose par sa beauté, sa vigueur et sa légèreté. Musculeux et puissant, l’étalon d’acier s’élève dans l’espace et semble sortir d’un rêve mythologique pour bondir crinière au vent vers une épopée moderne.

La hardiesse de la construction est tout à fait remarquable : Toute la masse de l’animal repose sur un seul sabot et cet équilibre extraordinaire est le fruit d’une audacieuse recherche architecturale de l’artiste. Cette sculpture à l’esthétique puissante a été couronnée par le Grand Prix Européen de la Sculpture -Prix Géricault- en 1989.

Dans cette série de chevaux saisis en pleine course, prend place en 2003 le cheval Amiral Théodore. Son attitude de liberté et de spontanéité permet à l’artiste de le représenter dans toute l’expression de sa force et de sa beauté. Il s’agit de traduire la fougue sauvage d’un cheval qui galope, impétueux et frénétique, en l’immortalisant au moment même où il bondit, ne semble plus toucher terre et apparaît comme suspendu dans l’air. La justesse de cette envolée aérienne est à la mesure de la prouesse technique de l’artiste.

Evocation éponyme de Théodore Géricault, il vient enrichir la série des étalons Amiral et il est le premier d’entre eux à être réalisé en bronze. Flamboyant et libre, il traverse l’espace en en frappant du sabot le rocher qui à l’aplomb de se trouver sur son chemin. « J’ai longtemps choisi l’inox pour sa solidité qui m’autorisait la réalisation d’œuvres élancées et dynamiques, explique François Lavrat. Aujourd’hui la technique du bronze armé permet cette même audace dans une matière plus classique. »

L’aspect innovant de la réalisation de cette pièce en bronze armé a rapporté à François Lavrat le Prix de l’Innovation 2003.

L’armature en acier inox soudée au bronze prend naissance dans le socle en bronze, remonte par la patte arrière qui est solidaire de la base, pour déployer son arborescence dans la croupe de l’animal. Ainsi la masse imposante de l’animal prend appui au sol en un seul point, et peut ainsi s’élancer avec fougue, sans qu’aucun renfort ne soit nécessaire à sa stabilité. Amiral Théodore peut poursuivre sa course en fendant l’air, libre et majestueux.

Particulièrement choyée par l’artiste, cette sculpture est rehaussée par un cachet or de forme arrondie de 18 mm de diamètre. Frappé aux initiales du sculpteur, FL, il est serti entièrement dans la masse du bronze.

Le thème du cheval bondissant se perpétue depuis lors dans la création de François Lavrat. Ainsi en 2004 l’Étalon Amiral a été rejoint sur son socle par la jument Europa pour former le fameux groupe de L’éternel galop. Impétueux, éblouissants et frénétiques, les deux chevaux poursuivent de concert leur course, libres, flamboyants et aériens.

En 2008, l’exceptionnelle sculpture en bronze du cheval Amiral Théodore a fait une entrée très remarquée au Château de Maisons Laffitte. Il figure désormais en bonne place dans les collections de ce monument historique édifié par l’architecte François Mansart au XVIIème siècle. Joyau architectural à l’esthétique classique et baroque le château de Maisons recèle en effet de véritables trésors artistiques. Depuis 1990 il abrite des collections renommées qui célèbrent la passion du cheval et retracent l’activité hippique réputée de Maisons Laffitte.

L’arrivée d’Amiral Théodore a été un temps fort et a concrétisé la vitalité de ce lieu de mémoire chargé d’Histoire.

Pour François Lavrat, l’œuvre d’art ne doit pas seulement être du domaine d’un petit nombre d’initiés, il doit être accessible à tous.

C’est la raison pour laquelle, il a cette volonté de participer à l’ornementation des espaces publics. "J’imagine une cité où le rationalisme inhérent à l’organisation de la société humaine serait ponctué de portes ouvertes sur l’imaginaire, pour créer un équilibre d’influences propices à cultiver le bonheur de vivre".

Il contribue ainsi au décor urbain de villes comme Saint-Denis-de-l’Hôtel, Saran, Orléans, Fleury-les-Aubrais, Joué-lès-Tours, Ormes, Romorantin, Chamalières, Poitiers, Rungis, Goussainville, …

Parmi ses réalisations monumentales de ces dernières années, il faut mentionner le plus grand Coq du monde, érigé en 1996 à Mantenay-Montlin dans l’Ain. Commandée par Michel Jacquet, enfant du village et fondateur du Groupe industriel Jacquet Inox, cette sculpture de 5,70m de haut est entrée dans le Livre Guiness des records. En 1997, il a réalisé une Jeanne d’Arc monumentale à Orléans et une fontaine originale pour la ville de Chamalières, fontaine qui représente un légionnaire porteur d’eau car le site est situé sur une ancienne voie romaine. En 1998, c’est un Guerrier celte monté en fontaine qu’il crée pour la ville de Rungis.

En 2000, il réalise une sculpture monumentale du Général de Gaulle, d’une hauteur de 2,50m, pour l’industriel Michel Jacquet, et en 2001, un bas-relief monumental pour le CEE BNP Paribas, d’une longueur de 5,50m. L’une de ses dernières œuvres érigées dans un espace public est un Loup en acier inoxydable, d’une longueur de 1,70m, donc un peu plus grand que nature. Il a été implanté à l’entrée du musée qui est consacré au loup à Tannerre-en-Puisaye dans l’Yonne.

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Toutes ces « portes ouvertes sur l’imaginaires » introduites dans les villes par François Lavrat sont autant de prétextes au rêve. Semées ici et là pour donner corps à notre fantaisie, à nos méditations, elles servent aussi à véhiculer les engagements du sculpteur. Pour preuve, sa sculpture monumentale « Porter l’avenir », qui matérialise son engagement en faveur de la sauvegarde de la planète et son action pour préserver la biodiversité.

Cette œuvre monumentale de 7 mètres de haut sur 4 mètres de long, d’un poids de 2 tonnes, représente une mère éléphant accompagnée de son petit. Ils avancent sur une ligne qui figure l’équateur, soutenue par quatre bras. La symbolique nous conduit à méditer sur le sort de ce mammifère dont les populations ont été décimées par le braconnage.

Le commerce de l’ivoire est maintenant interdit et les chasseurs responsables se font un devoir de protéger l’espèce. Les bras qui soutiennent les deux éléphants de François Lavrat sont ceux des chasseurs protecteurs de l’éléphant qui s’activent pour que cet animal imposant, symbole de la biodiversité de la faune africaine, puise continuer à fouler le sol de notre planète.

Au total, l’œuvre monumentale de François Lavrat, compte une soixantaine de sculptures en acier inoxydable (fontaines, statues, bas-reliefs…) implantées dans les espaces publics. Il faut leur ajouter plus de 600 œuvres achetées par des collectionneurs privés, qui ponctuent à ce jour le déroulement de sa carrière. Dans son Atelier de Saran, situé sur la route Nationale 20, près d’Orléans, François Lavrat continue d’enrichir son œuvre. Il expose ses sculptures dans la Galerie qui jouxte son Atelier.

« Il ne faut pas éloigner mon œuvre de l’esprit poétique » confiait le sculpteur Joán Miró, car ajoutait-il « c’est la seule île perdue où l’homme peut séjourner avec dignité. » Cette évocation s’applique parfaitement à l’œuvre de François Lavrat. Riche, multiple, métaphorique, sensible, elle matérialise le rêve, l’imaginaire et constitue un salutaire échappatoire au quotidien.

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