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Le sculpteur Ferdinand Parpan et les animaux
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F. Parpan ; Chat dormant

Ferdinand Parpan garde toujours présent à l’esprit qu’il est éternellement « sur le chemin pour atteindre la ligne d’horizon mais qu’il n’est pas arrivé au but ». Continuellement insatisfait, il poursuit inlassablement ses recherches, créant un style bien spécifique, une ligne souple, une création « que l’on puisse toucher, caresser, tourner autour, pour que ce soit autre chose que de la sculpture ».

Ce grand maître de la sculpture, originaire des Grisons, a préféré travailler dans un paysage urbain où il a pu aller vers ses aspirations sans retenue, totalement conscient de ses engagements et en laissant vivre sa sculpture pour elle-même.

Ainsi en va-t-il de ses animaux qui semblent drapés dans cette pureté originelle que devaient avoir les premiers animaux de la création

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Oie cou en l’air

L’artiste, grâce à une volonté tenace et à un louable souci d’évolution, leur a conféré une élégance stylisée, un pouvoir d’émotion, une expressivité remarquable, une beauté rayonnante. En d’autres termes, il a su donner une âme à ses créations.

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Fourmilier

« Mes animaux ne sont pas restitués dans leur anatomie. J’en tire une synthèse des formes et des attitudes caractéristiques ou anecdotiques pour les représenter avec un minimum de lignes », dit Ferdinand Parpan.

La sculpture a toujours été intimement mêlée à la vie quotidienne de l’artiste. Il a su en saisir tous les signes, tous les appels. Ainsi, à ses débuts c’est parce qu’il habite près du zoo de Vincennes qu’il en vient à la sculpture animalière. La fréquentation assidue des animaux de ce parc lui permet d’observer et de se former. Lui qui n’a jamais possédé d’animaux, sculpte dans sa tête les mille et une sortes qu’il côtoie. Il s’attache à saisir l’essentiel de l’animal, sa gestuelle et ses attitudes. Alors il peut polir soigneusement la forme dans la pierre jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les traits les plus marquants, les détails les plus typiques et une ligne de fusion : l’animal sculpté. Et le bestiaire qui prend forme au fil de sa longue carrière se caractérise par une lignée remarquable de figures synthétisées mais nullement détachées de la réalité.

« C’est en taillant la pierre que l’on découvre l’esprit de la matière, sa propre mesure », disait Brancusi. « La main pense et suit la pensée de la matière » ajoutait-il.

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Chat droit

Les animaux que sculpte Ferdinand Parpan sont rayonnants de vie, d’équilibre et d’harmonie, reflétant bien la

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Renne

communion entre le sculpteur et l’animal.

Il lui arrive de sculpter un chat. Pourtant, il éprouve une certaine crainte envers cet animal depuis, qu’enfant, le chat de sa grand-mère l’avait griffé…En 1974, il écrit à propos de cet épisode : « Ma grand-mère avait un chat de gouttière, et il arriva qu’un jour, voulant le caresser, il me griffa…Je me mis tout naturellement à pleurer, allait me plaindre à ma grand-mère, mais celle-ci ne fut pas de mon côté et prit parti pour son chat…Après cet incident, je détestais encore plus les chats que je ne pouvais pas voir, sans pour cela leur vouloir du mal.
Ce souvenir d’enfance est resté gravé dans ma mémoire et il est toujours vivace, même après de si longues années passées »

Ferdinand Parpan saisit le mouvement de l’animal, le ressent et devient ainsi son intercesseur. Il sait transcrire avec authenticité les

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Eléphant

poses naturelles des chats mais aussi des oiseaux (« …sous mon toit vivent des moineaux ; ils y font leur nid et couvent à l’abri des intempéries… leurs petits piaillent pour avoir leur nourriture… », écrit-il au sujet de ses voisins les moineaux) ou bien encore de nombreux animaux qui vivent sous nos latitudes ou qu’il a pu observer au zoo de Vincennes. Sa transcription peut se limiter à un mouvement synthétique, représenté par une seule ligne, comme une sorte de force idéale qui symbolise la vie et les caractéristiques de l’animal.

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Fourmilier

Il synthétise non seulement la forme mais aussi les postures et, avec une grande économie de lignes, il parvient à nous restituer l’image juste de son sujet, immortalisé dans sa posture la plus typique. Pensons par exemple à son admirable « Fourmilier »ou à son "Eléphant" à la structure solide et massive et aux formes géométriques courbes très simplifiées. Ce dernier a en tout et pour tout sept lignes qui ordonnent le poli et l’arrondi du bronze en un ensemble extraordinairement harmonieux et expressif.

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canard cou allongé

Pour chaque animal, il sait trouver le mouvement qui lui correspond le mieux ; citons par exemple : « Le chat dormant », représenté ronronnant, dans l’attitude familière du foyer ou « Le chat », observé par l’artiste avec malice dans une attitude bien spécifique ou encore « Le Canard » dont le bec et le cou se fondent dans son élément naturel, l’eau.

Patiemment, il s’exerce à nous donner à voir l’essence de l’animal qui lui sert de modèle en s’élevant mentalement au-dessus de la réalité. Citons par exemple son « chant du coq » qui représente le gallinacé planté dans une

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Pingouin

élégante verticale, « l’oiseau en vol » aux formes ovoïdes et lisses qui jouent avec la lumière, le « Pingouin ») à la pose hiératique, le « Canard » qui n’est que bec et cou, le « Merle », tout à son chant, le « Rhinocéros », « L’hippopotame », le « Bison », le « Renne »…tous saisis dans l’instantanéité de leur vie sauvage. Mais il ne faut pas oublier les chats, chevaux, ours, mammouths, pélicans, singes…tous ramenés à leurs traits les plus marquants et à leurs postures les plus vraies, tant à l’arrêt qu’en mouvement.

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Chant du coq

Ferdinand Parpan, subtil dans ses recherches de formes pures et courbes, de plans nets lisses et simplifiés, met chaque espèce en valeur en saisissant l’expression de l’animal en une forme originale et condensée. Très tôt, il a su se dégager du classicisme pour atteindre un « modernisme » qui met en valeur un véritable jeu de formes et de volumes, de la lumière et de l’ombre.

Artiste complet, PARPAN, pratique aussi la gravure et la peinture. En sculpture, il travaille le bois, la pierre, le marbre, l’albâtre, l’ivoire, l’onyx et fait également fondre des modèles en bronze. Humains ou animaliers, ses modèles sont sublimés par le travail de l’artiste qui s’élève au-delà de l’image exprimée par la réalité pour nous donner à contempler l’essence du sujet.

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Chat allongé

Dans une lettre qu’il envoie à Marcus Caftisel le 24 août 1994, Ferdinand Parpan écrit : « L’art a sa sensibilité ; vous devez travailler avec beaucoup de courage et de constance et croire dans l’art »

Du courage et de la constance, il en a fallu à Ferdinand Parpan, lui qui a travaillé en silence pendant une quarantaine d’années avant d’être remarqué par la critique. « J’ai toujours rêvé d’être un artiste reconnu et j’y suis arrivé » dit-il avant d’ajouter : « L’art, c’est un virus, il a sa sensibilité. On l’a ou pas. Le chemin est long et difficile…La sculpture prend beaucoup de temps. On travaille, on s’occupe tous les jours…L’artiste c’est un peu comme un moine ; dans son atelier, il est tout seul, mais il faut de la solitude pour la création…il est difficile d’en sortir, on y revient toujours ».

S’il a, durant sa carrière, côtoyé le cubisme dans ses représentations épurées et intégrées dans ses volumes géométriques, il s’en est toujours détaché par son refus de l’abstraction. Il a ainsi créé une sculpture originale d’où l’émotion n’est jamais absente.

F.PARPAN a obtenu le Grand Prix Européen de la sculpture, « Prix Géricault », en 1991.

Le sculpteur Ferdinand PARPAN - Arts et biologie, juin 1992

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