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La sculpture animalière contemporaine

Au XXe siècle, l’art entre dans une phase évolutive et, avec une audace croissante, il se libère progressivement des entraves du réalisme passé.

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Csaky ; Aigle

L’artiste contraint désormais la nature à se plier à sa vision du monde, et même, à s’effacer devant elle. Il devient un prospecteur, un créateur de formes désireux d’inventer un univers inédit pour le substituer au monde familier qui l’entoure. C’est ainsi que naissent des mouvements comme le fauvisme, le cubisme, l’abstraction, le surréalisme.

Les nouveaux courants artistiques qui attirent les jeunes sculpteurs, répondent à des préoccupations différentes. Le refus du volume affirmé par les cubistes conduit à une négation de la surface de démarcation au nom d’une compénétration plus intime dans l’espace, et a, pour conséquence, une remise en cause de l’essence même de la sculpture. L’abstraction, qui a été plus lente à prendre forme, affirme quant-à-elle , à travers l’idée de plans délimitant des vides et suggérant des volumes, le rôle constructif du vide et tend à une "dématérialisation" de la matière. Quant au surréalisme, il a été le

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Edouard-Marcel Sandoz ; Poisson

recours pour des sculpteurs qui, dans l’entre deux guerres, redoutaient le cubisme, l’abstraction et les formes académiques. Il s’agit d’une recherche au delà de l’apparence qui a amené un sculpteur particulier comme GIACOMMETTI à une expression spontanée particulièrement angoissante.

Dans le domaine des bonzes animaliers, ce tournant s’est manifesté par un net changement. Les tendances artistiques non figuratives s’accomodant mal de cette forme d’art, on a pu noter, au cours de la première moitié de ce siècle, une regression de la sculpture animalière telle qu’elle était pratiquée avec beaucoup de succès au XIXe siècle. Les sculpteurs purement animaliers se font plus rares, mais la thématique de l’animal n’est cependant pas dédaignée par les contemporains, y compris ceux qui se recommandent du cubisme ou de l’abstraction (PICASSO, LEGER, CSAKY).

Certes, la démarche de ces artistes ne ressemble en rien à celle des sculpteurs animaliers réalistes du XIXe siecle, tels BARYE, MENE ; l’animal n’est plus qu’unsujet dont les formes doivent se soumettre aux

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exigences de leur art ; par exemple, lorsqu’il crée sa chèvre, PICASSO accentue jusqu’à l’outrance les caractéristiques de la race caprine. De la même façon, on ne se saurait faire un rapprochement entre les oiseaux réalisés par HAJDU et ceux de MOIGNIEZ, ou encore entre le chien de GIACOMETTI et ceux de MENE. L’animal est seulement un support au service de l’artiste, lequel se réserve le droit de lui faire subir les déformations qu’exige le cubisme ou l’abstraction.

Cependant, face à l’abstraction, au cubisme et au surréalisme, a toujours substité une sculpture où la tradition plastique héritée du passé, demeure vivante et active. En outre, on constate depuis quelques années une baisse realative du goût pour l’abstraction qui a conduit à une réabilitation de l’esthétique du milieu du XIXe siècle et à un intérêt nouveau pour le "NEP". Ce retour à la réalité immédiate et à un art plus figuratif a donné un regain de vigueur à la sculpture animalière.

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César - Le hibou- bronze

De nombreux artistes font une part de plus en plus importante dans leur oeuvre aux sujets animaliers ; par exemple, CESAR a constitué un bestiaire fantastique et ses animaux, aux formes audacieusement déformées, sont admirables par leur présence, leur vitalité et leur
facétieuse spontanéité. Louis LEYGUE, dont la sculpture tend à recréer le réel, lequel n’est conservé que par des lignes et des formes conçues par l’esprit, a abondamment représenté le cheval.
Roger B.BARON, sculpteur et médailleur, trouve dans le monde animal les thèmes principaux de sa recherche artistique. Citons encore Charles CORREIA, artiste trop tôt disparu, qui, dans le cadre de ses travaux d’ornementation des espaces publics, a sculpté de remarquables oeuvres animalières.

L’attrait qu’exerce l’art animalier sur les jeunes artistes se manifeste par le renouveau des vocations animalières : Gilles de KERVERSAU, René STREMON et sa femme Anne GRANIER, François LAVRAT... sont des exemples de vitalité de cet art. Tous ces artistes sont mus par une force novatrice et une audace créatrice. Ce siècle laissant le champ ouvert à l’initiative, jamais la diversité des styles n’aura été aussi manifeste, les chassés-croisé entre l’abstraction et le figuratif aussi incessants, et le nombre de réponses apportées par les artistes à leur interrogation sur l’art aussi multiples.

Pour terminer, rappelons que le grand mérite des sculpteurs animaliers romantiques du XIXe siècle a été de nous faire redécouvrir cet art et de lui donner un épanouissement sans précédent. Les impressionnistes ont ensuite su le faire évoluer en dehors des règles généralement admises, pour aboutir à une interprétation plus libre, ouvrant la voie à la sculpture moderne.

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Et, depuis cette époque jusqu’à nos jours, la gent animale a sans discontinué, attiré la curiosité des sculpteurs,

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témoins les nombreux artistes contemporains qui perpétuent cette brillante tradition.

Qu’ils représentent ce qu’ils voient, ce qu’ils rêvent ou ce qu’ils ressentent, ces sculpteurs enrichissent notre univers par le spectacle de la beauté animale. Biensûr, le tempérament personnel, les tendances
artistiques du moment, les découvertes technologiques, interviennet pour exciter les recherches de chacun. Mais tous, en instaurant avec ferveur le culte de la nature et en donnant droit de cité aux êtres que nous appelons "les bêtes", nous font rentrer dans un monde de vie ou règne l’authenticité.

Jean-Charles HACHET, Arts et biologie, mars 1998

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