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François Lavrat aime donner des ailes à la matière

L’allure élancée, l’oeil vif et toujours en éveil derrrière des lunettes à fines montures d’acier, une sensibilité extrême qui s’exprime à travers l’acier et les gerbes d’étincelles, voici François LAVRAT, jeune sculpteur né à Orléans en 1962.

Son père, André LAVRAT est une figure de l’Orléannais, au passé artistique aussi divers que mouvementé : dans les années 50, il avait monté le cirque LAVRAT et il a été le premier à traverser la Loire en funambule sur un fil. Dans le domaine de la ferronnerie, c’est aussi un novateur puisqu’il utilise l’arc électrique pour créer l’art du fer en fusion, obtenant ainsi une matière trés riche, d’aspect volcanique, avec des vagues de métal puissantes et vibrantes.

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Cerf préhistorique (acier 80x100cm)

Elevé dans cette ambiance, près de ce vulcain des temps modernes, François LAVRAT a tout naturellement "attrapé le virus"."Amoureux du métal depuis l’enfance, j’ai commencé à forger mes premiers coupe-papier dans l’atelier de mon père, ferronnier d’art à Saran. Le métal est pour moi le lieu de tous les possibles, l’acier se forge, s’étire, se plie à volonté une fois chaud, porté au rouge. Travailler l’acier, c’est un peu jouer avec le feu, un tourbillon d’étincelles qui jaillit sous les coups du marteau".

Bachelier en arts plastiques et ancien élève de l’école Boulle, François LAVRAT a repris dans sa création la technique de son père, en l’exploitant à sa façon. Il produit des pièces à l’aspect moutonneux, résultat du travail du fer en fusuion, mais aussi des modèles à la surface lisse et polie de façon à faire disparaître les traces de soudure.

Très vite remarqué, il a obtenu le Grand Prix Révélation en 1985, la médaille de la ville de Saran et et le Prix du public à Beaugency en 1986, le titre d"Académicien méritant" à l’académie universelle Guglielmo Marconi à Rome, le Prix du Lions Club en 1987 et le Grand Prix Européen de la Sculpture (prix Géricault) en 1989.

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Cheval cabré (acier 80x70 cm)

Sa sculpture est un curieux mélange de modernité et de classicisme et son expression tient beaucoup au symbolisme puissant et direct qui la fait vivre : "J’utilise souvent le symbolisme pour renforcer l’expression des animaux que je représente. Une anatomie symbolique me permet de renforcer le caractère du sujet et la façon dont je rêve... Des pattes plus longues pour un cheval fier de sa nature, une tête plus petite pour la stupide poule de basse-cour, un pied éffilé comme un bec d’oiseau pour amplifier la vitesse du sauteur d’obstacles ou une main gonflée de muscles se resserrant sur la gorge d’un dragon, autant de symboles loin d’une fidélité anatomique mais tellement plus proches de nos sentiments intenses qui font la force des rêves."

Comme les symbolistes du début du sècle, François LAVRAT, privilégie l’émotion, le mouvement, par rapport à l’observation naturaliste. Le symbole intervient pour valoriser les sensations, qu’elles soient immédiates et évidentes, ou sous-jacentes, lovées dans un mystère persistant où toutes les interrogations sont permises. Pour lui, la force du rêve est l’énergie créatrice du sculpteur.

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Cerf

Sa toute première sculpture, " Le songe de la baleine" (1982), figure la vision prémonitoire de l’animal face à sa fin proche, sujet austère mais teinté d’une ironie salvatrice. La deuxième, "Le secret du hibou", est un clin d’oeil aux croyances de Sologne où l’on clouait les hiboux aux portes des granges pour conjurer le mauvais sort. Chaque sculpture a ainsi sa propre signification symbolique, depuis la dignité et le dédain de "Sa majesté la bête à cornes" (le taureau), en passant par "La reddition du seigneur"(lion qui donne la patte) et, "Le colosse Montagne" (bison qui charge) pour aboutir aux sculptures actuelles "L’estocade", "Aigle", "Rhinocéros", "Les trois croix".

Nombre de ses sculptures puisent leur force à des sources mythologiques sur fond de "couleurs" d’aujourd’hui. Les thèmes sont réfléchis et tirés de la sculpture et des aspirations profondes de l’artiste qui crée les résonnances dans notre vie, en général sous forme symbolique, parfois sous forme narrative : " je suis passionné par la mythologie. Je me vois bien comme la réincarnation d’un guerrier grec à l’âge du bronze". De ses rêves qui remontent à l’aube de l’humanité naissent des sculptures comme la monumentale "Maternité mythique"d’Orléans qui met en scène une licorne assistant à l’éveil de son nouveau-né ou "La grille aux six chimères" de la Pergola à Sèvres.

Pour François LAVRAT, le métal n’a plus de secret. Il sait le modeler, le plier à sa volonté et enfin le faire vivre : "le métal, lourd et inerte dans sa facture industrielle doit trouver un souffle de vie par la sculpture. J’essaie toujours d’imprimer un sentiment d’énergie vitale dans la matière. Le bronze, que j’aime poli et brillant, évoque alors pour moi la chaleur et la puissance du feu. Je l’utilise presque comme un métal précieux pour focaliser ou valoriser les éléments d’acier".

Dans ses créations, l’alternance esthétique des pleins et des vides n’est pas sans rappeler la transparence significative des oeuvres de Gargallo. Il développe l’évidement des masses et l’emploi des plans concaves et convexes qu’il intègre dans un style d’une invention originale où la matière se contorsionne et s’enroule pour suggérer le volume.

Mais il produit également des oeuvres au modelé plus plein et plus figuratif. La tôle d’acier est travaillée jusqu’ à ce qu’elle prenne la forme de l’animal, puis soudée et polie. Il en résulte des pièces d’une puissance et d’une vérité exceptionnelles. C’est le cas de sa série des joueurs de polo dans laquelle l’homme et l’ animal sont saisis sur le vif et aussi son fameux "Etalon Amiral, magnifique sculpture de 1,40m de haut, à l’esthétique aérienne, d’une puissance et d’une justesse inégalée. L’Etalon Amiral s’impose par sa force et sa légèreté. Toute sa masse repose sur un seul sabot ; cet équilibre remarquable est le fruit d’une audacieuse recherche architecturale de l’artiste.

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Etalon Amiral (acier 410x100cm)

Sculpteur animalier, François LAVRAT présente dans ses oeuvres les mille et une facettes de la gent animalière."Les animaux sont sans doute aussi variés en nombre que l’éventail des sentiments humains. Aussi, vouloir exprimer la lourdeur majestueuse d’une baleine sortant de l’eau ou la grâce fugitive d’un écureuil s’emparant d’une noisette, revient à cultiver les facettes d’un humanisme animalier".

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Pégase (bronze 60x45 cm)

Pour François LAVRAT, l’art ne doit pas être seulement du domaine d’un petit nombre d’initiés. D’où sa volonté de participer à l’ornementation des espaces public : "J’imagine une cité où le rationnalisme inhérent à l’organisation de la société humaine serait ponctué de portes ouvertes sur l’imaginaire pour créer un équilibre d’influences propices à cultiver le bonheur de vivre". Et, de sculptures monumentales en sculptures monumentales, il disperse ses rêves à travers les villes de France : fontaines à St-Denis de l’Hôtel, "Liberté levant le voile" à Saran, "Maternité mythique" à Orléans, "Les trois croix"à Joué-les-Tours, "L’eau douce" (sirènes) à Bain de Bretagne..."Refroidi, l’acier retourne à son inflexible rigidité et se révèle propice aux structures élancées et dynamiques que j’ai plaisir à faire bondir dans l’espace".

Au-delà du plaisir de la création, Françoit LAVRAT se veut un chantre du bonheur de vivre  :"Si j’avais à définir une fonction pour mes oeuvres, je dirais "ouvrir une porte sur le rêve", d’où l’on, s’échappe avec optimisme"

Jean-Charles HACHET, Arts et biologie, mars 1998

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