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DAVID José Maria - La passion du beau

José-Maria DAVID

La passion du Beau

José-Maria David naît le 21 août 1944 en Loire Atlantique. Il passe son enfance près de la forêt du Gâvre, une forêt giboyeuse qui fut l’un des principaux domaines de chasse des ducs de Bretagne au Moyen-Âge et à la Renaissance. Sa mère, Paule Le Pichon de la Garde, est une grande aristocrate issue d’une famille de marins et de conquistadors. Artiste dans l’âme, violoniste et amatrice de théâtre, elle va lui transmettre sa passion pour le Beau. Son père, Gilles David, est un séduisant gentilhomme campagnard de la région.

Jusqu’à l’âge de 11 ans, un précepteur s’occupe de son l’éducation. Aux contes et légendes, il préfère la lecture des biographies de personnages célèbres car ce sont « des histoires vraies ». A cette époque, servi par un imaginaire fertile, il donne vie aux héros de son enfance en les façonnant dans la pâte à modeler ou plus tard dans la terre glaise qu’il extrait de la nature environnante. Ainsi en est-il par exemple de ses petits soldats, de leur armement et de leurs campements militaires. Tous les personnages, tous les objets, qu’il se plait alors à faire naitre sous ses doigts déjà agiles sont les seuls jouets qui viennent animer ses distractions d’enfant. Des jouets chargés d’une irremplaçable valeur affective puisqu’il s’emploie à les fabriquer lui-même, avec patience et persévérance, guidé par son âme d’enfant.

Par la suite, lorsque la sculpture deviendra non seulement une passion mais plus encore sa raison d’être, son rapport à l’enfance, à sa pureté et à son authenticité, restera l’un des moteurs déterminants et constants de sa créativité, ainsi qu’il se plait à le rappeler : « Mes sculptures, il faut qu’elles restent à portée de l’enfance, car l’enfant est pur. Quand je sculpte, je redeviens un enfant en face de son jouet, en face de la glaise. J’ai besoin de la candeur de mon enfance. Je fais mes jouets d’homme comme j’ai fait mes jouets d’enfant ».

Dans le cadre chargé d’histoire de la forêt du Gâvre, le jeune José-Maria David vit au contact de la nature et des animaux, en osmose avec eux.
Il est particulièrement attiré par les chevaux. Ils vont lui apprendre à dominer ses craintes, à prendre de l’assurance, et à forger son caractère. « Les chevaux m’ont énormément aidé. Ils m’ont donné confiance en moi. Je leur dois beaucoup » confie-t-il. Rien d’étonnant à ce qu’il ait cherché très tôt à leur rendre hommage en les immortalisant dans ses sculptures.

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Parvenu à l’âge adulte, son amour de l’art le conduit tout d’abord à exercer le métier d’antiquaire. Mais, à cette époque il a soif de large et d’aventures, il rêve de partir vers un ailleurs prometteur. Ses vœux seront amplement exaucés puisqu’il va faire pas moins de quatre fois le tour du monde, entre 1984 et 1986, alors qu’il travaille pour Christina Onassis. De ses voyages sur tous les continents, il va rapporter une moisson de sensations et de souvenirs qui lui seront fort utiles par la suite dans l’exercice de son art.

C’est en 1986 qu’il décide de se consacrer entièrement à la sculpture, avec comme seul et unique thème les animaux, qu’ils soient sauvages ou domestiques. En faisant ce choix des animaux pour modèle, il nous rappelle que notre survie à nous autres humains est indissociable de celle des autres êtres vivants.

Au fil des ans prend forme un conséquent bestiaire d’où se dégagent force et dynamisme. Ses sculptures s’affirment comme pur mouvement, elles deviennent l’instrument, le véhicule d’une perception absolue de la mobilité, particulièrement bien rendue dans “La course du guépard‟. Cette sculpture traduit l’idée d’ un mouvement qui va au-delà des ambitions classiques de stabilité et d’unité. En instituant le déchaînement de l’animal par l’hyper-mobilité et la vitesse, José-Maria David produit des effets quasi cinétiques de dépassement de la vision et du corps.
Dans ce registre, tout en s’appliquant infiniment au modelé, il rend à merveille les expressions des animaux saisis sur le vif : l’inquiétude, la défense, l’alerte, la quiétude, la tendresse. Chez lui, le bison bondit, le loup est aux aguets, le taureau charge, le guépard est en pleine course, le hibou affiche un air surpris, les pandas tiennent une conférence, le dromadaire va son train, le cheval se cabre, les fauves s’amusent, le chat est couché paresseusement… Autant d’exemples qui prouvent que José-Maria David est un merveilleux conteur de la vie animale.
Il parvient, grâce à la maîtrise du geste à saisir l’expression de l’animal et à restituer dans son modelé une attitude passagère sans trahir sa nature profonde telle qu’il la porte en lui par essence.

Il nous est donné à voir, à comprendre, à percevoir un nouveau monde, un univers où l’œil va plus vite que l’esprit, où la perception fait place à la sensation, où l’être est porté vers une sorte de ravissement quasi mystique.
Il réussit ainsi à transcrire l’invisible travail de la pensée à travers sa sculpture qui s’élève, s’envole, envahit l’espace comme portée par un courant aérien animé de forces extraordinaires.

La démarche artistique de José-Maria David est au demeurant engagée sur des bases figuratives très simples. Mais il ne faut pas oublier que c’est justement à partir de la représentation d’une réalité parfaitement connue que la vision ordinaire peut être le plus efficacement retournée. « Je ne cherche pas à être figuratif ; je le suis quand même : par exemple lorsque je fais un tigre, il faut qu’il ressemble à un tigre ; quand je fais un éléphant il faut qu’il ressemble à un éléphant. En fait, je cherche à être significatif, je cherche à donner une vie à l’animal. C’est un mélange d’observation et de recherche du Beau », confie-t-il avant d’ajouter : « Ce n’est pas la plume, ce n’est pas le poil, qui comptent, c’est le volume. Le volume doit plaire à l’œil. Je vais au-devant de ce que tout le monde conçoit mais n’arrive pas à fixer. Moi, j’arrive à le fixer … à ma manière… ».

Ainsi, avec une grande virtuosité, il parvient, sans plagier la nature et sans trahir la structure de ses modèles, à donner à ses œuvres une pénétrante beauté. II capte avec une remarquable clairvoyance l’attitude, l’expression de l’animal, ses lignes de forces, son volume, sa place dans l’espace. Une fois tous ces éléments bien présents à l’esprit, il sculpte avec ferveur, pétrissant la terre avec passion, supprimant les détails qu’il juge inutiles, mais ne simplifiant pas plus qu’il ne faut, avec une inégalable perspicacité qui lui permet de conserver à l’œuvre une identité singulière qui fait la force de son style.

A n’en pas douter, dans son mode de création, c’est le pouce qui donne la forme. Mais, avant que les mains de l’artiste ne se livrent à son extraordinaire ballet artistique sur la matière souple et malléable qu’est la terre glaise, José-Maria David imagine avec netteté la sculpture qu’il se propose de produire. Il l’échafaude avec précision en pensée. Elle est pour ainsi dire « réalisée » de façon immatérielle, de sorte que, lorsque débute l’acte de création, la sculpture prend forme comme une évidence : « Il faut concevoir et faire. Je conçois ma sculpture dans ma tête, je la vois finie et mes mains obéissent, je ne cale pas, même sans modèle, même de tête ».

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Aidé par un sens inné des proportions, José-Maria David poursuit sans relâche sa quête du Beau. Son idéal n’est pas de parvenir à la perfection, mais d’atteindre ce subtil point d’équilibre entre sa vision de la réalité et l’émotion, qu’il entend transmettre à travers son œuvre. Il s’agit pour lui de transcrire dans la matière inerte l’empreinte vibrante qui est en lui. C’est ainsi, qu’il nous fait partager sa perception toute en finesse de l’animal qui lui sert de modèle, fruit à la fois de son observation et de sa spiritualité : « La perfection n’est pas de ce monde, on n’arrive jamais à faire quelque chose de parfait » explique-t-il. « Mais ce qui est parfait n’est pas beau. Ce qui émane de l’observation et de l’âme humaine est une approche particulière et personnelle, avec ses défauts et ses petites erreurs. »

Ses modèles animaliers, passés à travers ce filtre particulier, qui n’appartient qu’à lui, nous livrent un peu de sa vie intérieure. Le choix des sujets de son bestiaire donne certaines indications. Ainsi, pourquoi a-t-il sculpté “ Le charognard ‟, ce vautour aux ailes déployées, à la fois majestueux et redoutable qui nous renvoie immanquablement à l’idée de la mort, des cadavres et de la décomposition des chairs ? L’explication est qu’il a en quelque sorte cherché à conjurer la mort, à dépasser la peur qu’elle peut susciter en la parant de la beauté artistique : « Pourquoi j’ai voulu faire un charognard ? Pour essayer de rendre beau, de magnifier quelque chose qui rappelle la fin, la mort ».

La trace de ses doigts habiles sur la matière, volontairement apparente met en relief la vivacité du modelé dont les lignes ne sont pas sans rappeler le sculpteur animalier Rembrandt Bugatti.
Comme son illustre prédécesseur sa prodigieuse faculté d’observation ne se réduit pas à l’image purement visuelle de l’animal mais à la création d’une esthétique neuve et originale.
Parfois les formes s’épurent, la figuration s’efface au profit de l’évocation, les volumes se simplifient, les lignes deviennent rondes et souples, matérialisant le désir de libération spirituelle de l’artiste et son aspiration à créer son propre espace sculptural.

Son œuvre rassemble maintenant pas moins de 300 sculptures. Toutes témoignent de la force du geste du sculpteur, conservé à l’état brut sur le modelé et révélateur de la spontanéité et de l’authenticité qui président à leur élaboration. Ce style, à nul autre pareil, suscite toujours l’engouement des amateurs. Certaines pièces atteignent des records dans les ventes publiques internationales, tel ce “ Guépard ‟, adjugé 250 000 € en août 2010 dans une vente aux enchères à Deauville.

Grâce à son talent et la parfaite complicité qu’il entretient avec ses fondeurs, en praticien accompli, José-Maria David s’emploie, depuis le début de sa carrière, à donner vie à de magnifiques animaux en bronze, coulés dans deux fonderies implantées en Ile-de-France, aux portes de Paris, la fonderie Landowski à Bagnolet, et la fonderie Chapon à Bobigny. « Mon ambition, explique-t-il, c’est de produire quelque chose d’intemporel, dans une matière plus résistante que la pierre, le bronze ».

Epris de son art, habité par la force de sa création, José-Maria David résume ainsi son univers artistique : « Il y a l’idée, la manière, la technique. Je ne sais rien faire d’autre. Je suis incapable de faire quelque chose que je n’aime pas, je suis un homme de passion ».

David est considéré aujourd’hui comme le maître incontesté de la nouvelle école animalière.

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Jose Maria - Cheval
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DAVID José Maria

Dr Jean-Charles Hachet

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