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Cheval et sculpture
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Cheval bronze, VIIe siècle, avt J.C, Grèce

Symbole universel de vitalité, de rapidité et d’élégance, le cheval évoque aussi la majesté et la splendeur. Célébré depuis l’Antiquité pour ses qualités exceptionnelles, il a toujours occupé une place de choix dans les représentations artistiques. En sculpture, la plus ancienne, une figure sculptée provenant de l’Asie occidentale, date du IIIème millénaire avant Jésus-Christ. C’est une tablette sur laquelle sont sculptées trois races d’équidés.
Dans les civilisations antiques, les sculptures en bronze d’animaux, réels ou fantastiques, sont souvent à relier à un art animalier développé dans d’autres techniques, principalement la terre cuite (Chine, Bénin) ou l’or (Scythie) ou encore le fer. Le cheval, comme les autres animaux, constitue, seul ou associé à d’autres bêtes ou à d’autres motifs, un élément décoratif destiné à orner des objets utilitaires (armes, outils...) et ornementaux. Il commence aussi à être représenté pour lui-même en sculpture autonome.

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Cheval de guerre, terre cuite, Chine (IIIe siècle avt J.C)

Ainsi, au Luristan, province occidentale de la Perse, des œuvres équestres, datant du XIIème au Vème siècles avant Jésus-Christ, ont été découvertes en 1928. Elles représentent des chevaux harnachés et portant le mors. Le cheval apparaît également en décor sur les étendards, les mors de chevaux ; il est aussi le thème de nombreuses pendeloques. A noter que les bronziers du Luristan peuvent être considérés comme les maîtres de la fonte à cire perdue sans noyau. Leurs œuvres, souvent de petite taille, s’accommodaient parfaitement de cette technique de fonte.

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Cheval ; Chine ; époque Han

Plus à l’est, dans la Chine du nord, les chevaux inspirent aussi beaucoup les artistes. Une sculpture conservée au Musée Guimet à Paris, nous présente le cheval de Lo-lang, surgissant dans un style très réaliste, de l’époque des Royaumes combattants (475 - 221 avant Jésus-Christ). A cette époque, une route parallèle à la route de la soie est ouverte par les Hans, la route des chevaux. Les Hans, peuple de cavaliers, avaient rassemblé une cavalerie gigantesque et prestigieuse. En témoigne la découverte dans la région de Wou-wei de la tombe d’un général han, inhumé entouré de 39 chevaux, 14 chars, 17 cavaliers et 20 servants.

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Chevaux, terre cuite, Chine du centre, dynastie des Han

En occident, l’art grec, étrusque, gaulois et romain, donne au cheval tout son lustre. Il est représenté de différentes façons : seul, en attelage, monté par un cavalier, dans des scènes de combats... On le trouve sur les objets usuels, les objets religieux, sur les pièces de monnaie, en statuettes ou encore, comme à Rome, érigé en statues équestres monumentales. La seule qui soit parvenue jusqu’à nous est celle de Marc-Aurèle, une statue de bronze de 5,12 mètres de haut, à l’origine recouverte d’or.

En Etrurie, c’est en orfèvrerie que l’art atteint une perfection qui le place au premier rang des civilisations antiques. Cependant le travail des autres métaux, et particulièrement le travail du bronze, est aussi à l’origine d’œuvres remarquables. Les étrusques se sont d’abord inspirés de la tradition artistique du Proche-Orient. Par la suite, ils ont imité les modèles grecs, sans toutefois se limiter à des copies serviles, mais au contraire en créant un style original où l’épuration des formes est souvent la règle. Le cheval est un modèle fréquemment interprété. D’une manière générale, les artistes étrusques négligent délibérément le détail dans la représentation de cet animal qui, par sa stylisation, s’apparente aux bronzes de la Perse.

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Cheval, fonte creuse, époque gallo-romaine

En Gaule, la sculpture s’inscrit dans la tradition artistique celtique, la Gaule ayant été, rappelons-le, le territoire celte le plus vaste de l’Antiquité. Le cheval est l’un des thèmes favoris de la mythologie celtique et de la numismatique gauloise.

Dans la Gaule du Vème siècle avant Jésus-Christ, les chefs sont enterrés près de leur char de guerre, accompagnés du harnachement de leurs chevaux. Ce n’est donc pas un hasard si l’on constate que le cheval est l’animal le plus souvent représenté par les gaulois. Il apparaît sous une forme stylisée sur les monnaies. Il est seul ou attelé ou encore monté et peut prendre l’apparence d’un monstre (à queue de poisson, ailé, à tête d’homme). Il sert également de modèle à de nombreuses statues de bronze, telle celle retrouvée en 1861 dans le "Trésor" de Neuvy-en-Sullias dans la région d’Orléans. Il s’agit du "Cheval dédié à Rudiobus ", dieu gaulois souvent assimilé au dieu Mars ou au dieu Teutatès. Il semble que cet animal symbolisait, non pas le dieu lui-même, mais sa monture. Ce superbe cheval bridé, immobilisé dans une position de parade, tête relevée et patte antérieure gauche levée, mesure 105 cm de haut (sans le socle) et 86 cm de long. Il est posé sur un socle muni de quatre anneaux qui laissent à penser qu’il devait être porté lors de processions. Il est particulièrement remarquable par l’élégance des formes et la finesse du modelé. Sa tête, très expressive, est ornée d’une crinière amovible et ouvragée.

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Cheval dédié à Rodiobus, Trésor de Neuvy-en-Sullias

Avec la conquête romaine, la Gaule ne va pas renoncer à ses traditions artistiques et des bronzes animaliers continuent à être créés ainsi

qu’en témoignent les statuettes d’animaux d’époque gallo-romaine conservées notamment au Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye. Mais, à cette époque, les artistes gaulois abandonnent en partie une imagerie qui leur était propre.

Au IIème siècle après Jésus-Christ, à la suife des invasions germaniques et après le passage des Huns qui ne se séparaient jamais de leurs animaux, l’art mérovingien va être fortement influencé par les thèmes équestres, comme l’attestent certaines fibules à forme de cheval. Toutefois, au Moyen-Age, les représentations d’animaux entrent essentiellement dans le monde de l’imaginaire et les bronzes animaliers vont connaître une éclipse.

Avec la Renaissance, l’art de la statuaire en bronze refait son apparition dans la production artistique. Cet essor est particulièrement sensible en Italie où le pays "se couvre de bronzes". A Florence, Padoue, Mantoue et dans toute l’Italie, la mode du petit bronze connaît un essor considérable. Léonard de VINCI utilise des figurines de cire pour étudier le mouvement qu’il souhaite donner aux chevaux de "La bataille d’Anghiari" vers 1505, ou à ceux de "Saint-Georges et le Dragon". Certaines de ces maquettes, coulées dans le bronze, sont conservées au Musée de Budapest.

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Andrea Riccio, Guerrier à cheval

Aux XVème et XVIème siècles, le sculpteur RICCIO, originaire de Padoue, connu pour son "Cavalier criant", exécute des bronzes sur le thème du cheval. Ses statues équestres sont interprétées avec un grand souci du détail et ses animaux s’inscrivent dans la tradition des meilleurs artistes de la Renaissance. Ses chevaux, qu’ils soient en ronde-bosse ou en bas-relief, sont toujours traités sur un mode spirituel et subtil.

C’est à Florence que le développement du bronze prend le plus de proportions grâce à des artistes comme Giovanni di BERTOLDO, Jean de BOLOGNE, Pietro TACCA, Antonio SUSINI, Adrien de VRIES.
Giovani di BERTOLDO, protégé de la famille des MEDICIS, avait installé son atelier dans leur villa proche de San Marco et c’est là qu’il enseigna son art à MICHEL ANGE.

Jean de BOLOGNE, connu en Italie sous le nom de GIAMBOLOGNA, est né à Douai en 1529. Considéré par ses

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Jean de Bologne, Cheval cabré

contemporains comme le digne successeur de MICHEL ANGE, il a fait porter ses recherches sur la représentation du mouvement. Il est ainsi parvenu à une véritable "continuité cinétique" où le cheval occupe une place de choix : "Cheval marchant", "Cheval au galop", "Cheval au trot", "Chevaux cabrés", "Cheval qui se tient sur deux pieds"...

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Adrien de Vries, Cheval cabré

Antonio SUSINI, élève de Jean de BOLOGNE, a lui aussi beaucoup traité le thème du cheval et il a signé le "Cheval marchant", statuette conservée au Victoria and Albert Museum à Londres. SUSINI, qui était aussi fondeur, a fait fortune en fondant séparément les différentes parties de monuments équestres, selon les règles de l’ancien procédé romain.
Parmi les artistes de l’école de Florence, Adrien de VRIES est connu pour avoir exécuté le "Cheval cabré" représenté dans une attitude de liberté et de spontanéité qui tranche avec son style souvent qualifié de "maniérisme hollandais".

En France, l’art de la sculpture en bronze ne recommence à se développer qu’à partir du XVIIème siècle, avec un goût très net pour les copies d’ancien, gréco-romain en particulier, comme la statue de Marc-Aurèle. Mais, dans l’ensemble, aux XVIIème et XVIIIème siècles, les bronzes purement animaliers sont rares. Ils apparaissent principalement dans des compositions allégoriques qui constituent les thèmes d’une sculpture décorative étroitement liée au milieu dans lequel ils s’intègrent. Le cheval sert souvent d’ornement pour des objets utilitaires comme les chenets et les pendules.

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Girardon, Louis XIV Equestre

Les petits bronzes font connaître sous une forme miniaturisée les statues colossales, fidèlement exécutées par le Maître ou par ses disciples ; c’est le cas en particulier pour la "statue de LOUIS XIV" de GIRARDON et la "statue équestre de LOUIS XV" de BOUCHARDON. Dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle, il est de bon ton d’avoir chez soi quelques petits bronzes. Leur couleur rembrunie contraste agréablement avec le brillant des peintures et l’or des cartels. Des collections commencent à se constituer et, sous Louis-Philippe et Napoléon III, la mode des statues équestres miniaturisées et des statuettes réductions des chevaux de Marly prend tout son essor.

Le XIXème siècle est l’âge d’or de la sculpture animalière. Celle-ci s’épanouit dans un contexte social très favorable. En effet, les découvertes des grands naturalistes, Buffon et Cuvier, suscitent un nouvel intérêt pour les animaux, et la chasse, très pratiquée à l’époque, fournit de nombreux sujets aux artistes. Dans ce domaine, il faut mettre en relief le rôle d’Antoine-Louis BARYE qui, par sa persévérance et sa détermi¬nation, réussit à imposer la sculpture animalière, jusque-là rejetée par les milieux artistiques officiels.

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Antoine-Lois Barye, Cheval turc

Il est le premier à oser présenter des animaux sculptés pour eux-mêmes alors que seul le corps humain était à l’époque jugé digne d’intérêt. Progressivement, cet art est apprécié du public, les œuvres en bronze se répandent dans de nombreux foyers et il n’est pas rare de trouver un cheval de BARYE ou de MENE dans les appartements bourgeois. Ils sont également offerts comme cadeau de mariage ou comme récompense à

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Frémiet, Napoléon à cheval

l’occasion de compétitions sportives. La réputations des artistes français est telle qu’elle franchit nos frontières : groupe animalier par BARYE à Baltimore, statue équestre par CAIN à Genève. Parallèlement, de grandes fonderies se développent et participent à la multiplication des petits bronzes. Antoine-Louis BARYE est suivi dans cette voie par de nombreux sculpteurs : Auguste-Nicolas CAIN, Emmanuel FREMIET, Christophe FRATIN, Alfred JACQUEMART, Pierre LENORDEZ, Pierre-Jules MENE, Jules MOIGNIEZ. Tous ces artistes ont représenté le cheval en sculpture, mais il faut accorder une mention particulière à BARYE, MENE et FREMIET qui lui ont accordé dans leur œuvre une place de premier ordre tant par la qualité que par la quantité des bronzes qu’ils ont réalisé sur le thème du cheval. L’engouement du public pour cet animal doit probablement beaucoup à l’introduction sur le continent des courses hippiques anglaises. Pour illustrer ce propos, citons quelques représentations du cheval réalisées par ces grands Maîtres de la sculpture animalière : "Cheval", "Cheval copte", "Le piqueux", "Cheval turc", "Cheval normand",... de BARYE ; "Fauconnier arabe à cheval", "Cheval attaqué par un loup", "Ibrahim, cheval arabe ramené d’Egypte", "Djinn, étalon barbe", "Groupe de chevaux arabes"

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Mène, Cheval au palmier

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Eugène Alexandre Lanceray, Cosaque et son cheval

(plus connu sous le nom de "L’accolade"), "Le vainqueur du Derby", "Cheval percheron", "Cheval tête tournée vers la droite", "Cheval à la barrière", "Cheval au palmier", "Cheval arabe à la selle", "Cheval sellé avec chien" (aussi appelé "Les deux amis").. .de MENE ; "Statue de Jeanne d’Arc à cheval", "Conducteur de char aux deux chevaux" , "Chevaux marins de la fontaine de l’Observatoire à Paris", "Chevaux attelés pour le halage", "La St-Hubert",...de FREMIET.

De nombreux élèves et artistes contemporains de ces grands sculpteurs ont ensuite été à l’origine d’une véritable vague de sculptures à sujets animaliers où le cheval figure en bonne place : Isidore BONHEUR ("Cavalier africain attaqué par un lion", "Jockey à cheval", "Jument et poulain", "Le passage de la haie", "Les joueurs de polo", "Jument") ; Paul DELABRIERE ("Cheval au pas") ; Georges de FERRIERES ("Cheval au dressage") ; Prosper LECOURTIER ("Fantasia arabe") ; Pierre LENORDEZ ("The Baron, cheval du haras impérial du bois de Boulogne", "Etalon et poulinière", "Le gagnant du Derby", "Etalon arabe"), Ernest MEISSONNIER ("Napoléon à cheval pendant la campagne de 1814", "Le cuirassier à cheval", "Le hussard à cheval", "Le cosaque", "Cheval au repos", "Cheval blessé", "Cheval galopant", "Cavalier", "Le Tsar Nicolas II à cheval"), le comte du PASSAGE ("Le contrebandier", "Le piqueux", "Franc-Picard, cheval de steeple-chase", "Jument de chasse sanglée par un lad").

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Comte du Passage, Le piqueux

Dans le sillage des artistes français, l’école américaine apparaît dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Les artistes représentent

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Frederic Remington, The Bronco Buster

dans des sculptures très réalistes les animaux sauvages et aussi le folklore et l’histoire de leur nation (le rodéo, les indiens, la conquête de l’ouest, la guerre de sécession,...). Les plus connus sont Frédéric REMINGTON, Alexander PROCTOR, Edward KEMEYS, Edward POTIER, Gutzon et Solom-Hannibal BORGLUM.

Plusieurs d’entre eux sont venus étudier leur art en France. A la fin du XIXème siècle, un nouveau pôle d’attraction va solliciter certains sculpteurs : l’impressionnisme. Ces artistes développent une vision nouvelle qui annonce l’art moderne. Ils s’attachent davantage que leurs aînés au mouvement et à l’attitude fugitive des animaux. Comme les peintres, ils se proposent de traduire dans leurs œuvres l’impression ressentie sans se préoccuper des règles généralement admises. Leur sculpture est épurée avec des surfaces qui accrochent la lumière.

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Bugatti, Poney

Les principaux sculpteurs impressionnistes sont Edgar DEGAS, Rembrandt BUGATTI, François POMPON, Henry GAUDIER-BRZESKA. DEGAS, peintre et sculpteur, est à l’origine de cette tendance appliquée à la sculpture animalière. Il sera suivi dans cette voie par POMPON

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Edgar Degas, Cheval au galop sur pied droit , bronze

et BUGATTI qui sont les grandes figures de la sculpture animalière impressionniste. Tous ces artistes ont représenté le cheval : "Poney", "Cheval" de BUGATTI, "Cheval" de DEGAS, "Cheval marchant" de GAUDIER-BRZESKA.

L’arrivée du cubisme dans l’art animalier s’affirme par une traduction en trois dimensions du modelé et par des ruptures de plans dans les volumes. Raymond DUCHAMP-VILLON, frère de Marcel DUCHAMP, illustre bien l’approche cubiste avec son esthétique géométrique et sa décomposition des volumes. Son œuvre principale "Cheval majeur", lui permet d’étudier les formes dynamiques du cheval. Il en existe plusieurs versions et, à la déclaration de la première guerre mondiale dont il ne devait pas revenir, DUCHAMP-VILLON considérait que cette œuvre n’était pas achevée. Sa vision novatrice de la simplification des formes va influencer durablement la création artistique moderne.

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Henry Moore, Cheval

Avec les surréalistes, c’est le rêve, l’irrationnel et le symbolisme qui s’emparent de la sculpture. Pour ces artistes, le cheval, chargé de symbolique, occupe une place de choix. Adoptant les théories des psychanalystes qui font de cet animal le symbole du psychisme inconscient et de l’impétuosité du désir, les surréalistes adoptent le cheval comme lien entre le monde des ténèbres et le monde céleste, c’est-à-dire comme symbole de l’évasion de la réalité, de l’imagination poétique et donc de l’inspiration artistique.

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Parpan ; Cheval chargeant

"Le cheval à la montre molle" de Salvador DALI, véhicule de l’inconscient surréel, mi-pégase, mi-rossinante, représente la quintessence et la synthèse du surréalisme onirique de l’artiste. De même, le "Grand cheval antique" de Giorgio de CHIRIÇO laisse entrevoir l’importance du symbolisme du cheval dans l’inconscient.

Après la deuxième guerre mondiale, les années 50 s’annoncent sous le signe de la gaîté et de la joie de vivre. Les artistes s’affranchissent des principes sclérosés et laissent parler leur inspiration sans contrainte. L’art en sort transfiguré. La sculpture animalière n’échappe pas à cette tendance et les œuvres en bronze s’inscrivent en général dans un ensemble de travaux qui font appel à d’autres techniques et à d’autres matériaux : pour CESAR le fer, pour HAJDU l’aluminium et le cuivre, pour AJACQUES la tôle d’acier...

L’extrême vitalité de la sculpture du XXème siècle, la diversité des styles, les chassés-croisés entre abstraction et figuratif laissent le

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Louis Leygue, Cheval fourbu à cinq pattes

champ ouvert à l’initiative et à l’audace créatrice. Le cheval se retrouve dans les œuvres d’artistes comme Georges BRAQUE, CESAR, Mauro CORDA, Johanna EBERTZ, Anne GRANIER, François LAVRAT, Louis LEYGUE, Ferdinand PARPAN, Christian RENONCIAT, René STREMON, Igor USTINOV, Henri MOORE...

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César, Le Centaure

Tous ces artistes traitent le cheval suivant la ligne de leurs recherches esthétiques : la matérialisation de l’œuvre par quelques traits souvent géométriques habilement disposés pour le cubiste Georges BRAQUE ("Cheval" , "Tête de cheval"), l’assemblage d’éléments divers moulés dans le bronze pour CESAR ("Centaure" monumental érigé au carrefour de la Croix Rouge à Paris), l’expression d’une force philosophique pour Mauro CORDA ("Cheval et cavalier", la représentation du mouvement par le jeu des touches de matière qui accrochent la lumière pour Johanna EBERTZ ("Cheval"), la représentation de la force et de la puissance pour Anne GRANIER et ses chevaux lourds ("Percheron", "Boulonnais "), l’expression symbolique et l’exploration de l’univers mythologique pour François LAVRAT ("Cheval", "Cheval en fête "), l’animation de l’œuvre par le biais de l’entassement de blocs de matière, les saillies et les galbes pour Louis LEYGUE ("Cheval se relevant", "Le jockey au départ", "Cheval fourbu", "Le trotteur à six pattes"), la recherche intuitive de formes pures et courbes pour Ferdinand PARPAN ("Cheval"), la sculpture sur le mode de la construction pour Christian RENONCIAT ("Eloge du cheval"), la représentation de "l’architecture" du modèle et de ses expressions naturelles et vivantes pour René STREMON ("Cheval", "Cheval broufant"), le langage symbolique où l’instinct et le spirituel se rencontrent entre réel et imaginaire pour Igor USTINOV ("La nature du Centaure").

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Igor Ustinov, La nature du Centaure

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Correia, Chevaux cabrés

Mais, aux côtés de toutes ces recherches expérimentales de l’expression artistique contemporaine, la sculpture figurative traditionnelle ne disparaît pas. Des artistes continuent à sculpter dans la tradition héritée du passé. Pour illustrer ce propos pensons aux "Chevaux cabrés" de Charles CORRElA, sculpture monumentale érigée à Epinay-sur-Seine, aux chevaux de Frédéric JAGER, et en particulier à "La Prueba", remarquable fontaine conçue pour le Musée vivant du cheval à Chantilly et comportant un buste de cheval et deux têtes de chevaux, au "Mémorial pour la Paix" dressé au Japon par Louis DERBRE, et aussi au superbe "Etalon Amiral" de François LAVRAT qui, parallèlement à ses œuvres où la matière se contorsionne pour former des pleins et des vides significatifs dans un style inventif et puissant, a également produit des œuvres au modelé plus plein et plus figuratif.

Pour conclure, on peut dire que parler du cheval en sculpture, c’est faire défiler toute l’histoire de l’art sculptural, de ses expressions, de ses techniques et de ses visions changeantes. Depuis l’aube des temps, les artistes ont représenté le cheval en donnant leur vision personnelle et toujours créative. Présent dès l’Antiquité, revigoré par la Renaissance, éblouissant à l’âge d’or du XIXème siècle, innovant et précurseur au XXème siècle, l’art animalier a toujours su nous enchanter. Entre tradition et recherches expérimentales, tendances nouvelles et doctrines séculaires, la représentation du cheval en sculpture a traversé toutes les époques. Et, lorsque nous contemplons la production du siècle qui vient de s’achever et celle du siècle qui commence, c’est la vitalité, l’initiative et l’expression de personnalités très riches et variées que nous retenons. Car notre époque est celle de toutes les audaces, de toutes les expériences, pour le plus grand plaisir des amateurs d’art.

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François Lavrat, l’Eternel galop

Jean-Charles HACHET, Arts et biologie, septembre 2001

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