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César rétrospective

DU 8 JUIN AU 15 OCTOBRE 1997, UNE RÉTROSPECTIVE DE L’ŒUVRE DE CÉSAR AU MUSÉE NATIONAL DU JEU DE PAUME A PARIS

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Le pouce, quartier de la Défense, Paris - bronze - 1993 - (H 12 m)

CÉSAR BALDACCINI naît à Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, le 1er janvier 1921. Son père, d’origine toscane, est tonnelier.
En 1933, à l’âge de 12 ans, il quitte l’école communale et travaille chez son père qui a ouvert un chai de vins : "Aux crus d’origine".

Deux ans plus tard, en 1935, sa mère l’inscrit, sur les conseils d’un voyageur de commerce, à l’École des Beaux Arts de Marseille, aux cours du soir. Son premier professeur est un ancien praticien de RODIN, Monsieur CORNU. Il apprend le dessin, la taille du bois et du marbre, le moulage.

En 1943, il part pour Paris avec ses amis Georges Nadal et Gilbert Féraud. Il réussit le concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts de Paris et passe dans les ateliers de Gaumont puis de Janniot.

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Le scorpion - 1955 - fer (75 x 80 x 52 cm)

En 1947-48, CÉSAR travaille le plâtre et le fer et cherche à se libérer de l’enseignement académique en réalisant de petites figures, aujourd’hui perdues. Il utilise le plomb en feuilles repoussées et le fil de fer.
C’est de 1952 que datent ses premiers essais de soudure et, à Trans en Provence, dans une petite usine appartenant à des amis, il découvre les possibilités offertes par la ferraille.

En 1954, il obtient le Prix "des Trois Arts" à l’École des Beaux-Arts pour "le Poisson", sculpture en fer. Cette même année, il fait sa première exposition personnelle à la Galerie Lucien Durand. C’est également à cette époque qu’il installe son atelier à Villetaneuse, dans la banlieue nord de Paris, dans une petite usine. Il explore là toutes les richesses de formes de la ferraille et fait naître un bestiaire fantastique.
Dès 1955, sans délaisser les vieilles ferrailles, il s’’oriente vers des sculptures plus solides : les plaques. Ce procédé de touches accolées qui rappellent les touches de peintures ouvre la voie à toute une série de grandes plaques auxquelles s’apparentent également "Valentin", "l’homme-oiseau", "l’homme de Villetaneuse". En 1960, au Salon de Mai,

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Nu assis " pompei" - 1953 ; fer (180 x 170 cm)

CÉSAR expose trois compressions de voitures, datées et signées. Il va, pendant trois ans, expérimenter les potentialités de la compression avec ce qu’il nomme "les compressions dirigées". Parallèlement, il continue à réaliser des pièces plus traditionnelles : "La Vénus", "La Victoire de Villetaneuse"... En 1961, à l’occasion de son exposition chez Saidenberg à New-York, il part pour la première fois aux États-Unis. Pendant l’été 1965, CÉSAR expose au Musée des Arts Décoratifs de Paris de nombreuses sculptures en fer dont la célèbre "Victoire de Villetaneuse". Puis, à la fin de l’année, Claude Bernard organise une grande exposition sur le thème de "la main". CÉSAR y expose "un Pouce", agrandissement d’un moulage de son doigt, de 47 cm de haut, en matière plastique rouge. En 1966, il expose au Salon de Mai un pouce de 2 m de haut et cette même année, il achève "La Pacholette", son dernier fer soudé, et moule le sein d’une danseuse du Crazy Horse Saloon. Agrandi à plus de 5 m de diamètre, il orne le bassin de 1’usine des Parfums Rochas à Poissy.

1967 va être pour CÉSAR l’année de la découverte des propriétés expansives de la mousse de polyuréthane. Peu à peu, il apprend à dompter la réaction chimique et, au Salon de Mai, il réalise en public une grande expansion orange de 40 litres de polyuréthane.
En 1968, bien qu’occupé à ses recherches sur les expansions, il refait des compressions et inaugure une collaboration avec la cristallerie Daum de Nancy.

Dans les années 1969-70, CÉSAR réalise une série de pièces de grandes dimensions : "un Poing" monumental de 5 m de haut pour Saint-Cyr, une "Pale d’hélice" en bronze de 10 m de haut pour Marseille, trois expansions géantes commandées par le chorégraphe Dirk Sanders.
Ces œuvres apparaissent comme des signes précurseurs des œuvres monumentales des années 1980 "Hommage à Picasso" (1983), "Hommage à Eiffel" (1984), "l’homme du futur" (1987).


En 1970, CÉSAR devient professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris. En 1972, il commence sa série de masques, empreintes en relief de son portrait sur une feuille de plastique déformée, gonflée, distendue... En 1976 a lieu la première grande rétrospective de son œuvre, organisée de façon itinérante en Europe.

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César au travail

Pendant cette période, il réalise ses premières compressions murales avec des matériaux légers comme le tissu, le papier, le carton...
En 1980, CÉSAR débute un travail de "récréation" de ses pièces en fer soudé. D’abord moulées en plâtre, parfois agrandies, ses anciennes sculptures en fer sont ensuite retravaillées pour donner des sculptures nouvelles qui ne conservent pour certaines qu’une ressemblance lointaine avec la sculpture d’origine. Son bestiaire de Villetaneuse est repensé et recréé en bronze. Et dans ce contexte naît la série des poules patineuses.

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César - La cocotte

En 1985, Jean TODT, Directeur de Peugeot-Talbot Sport demande à CÉSAR de com¬presser quatre des ses voitures de course pour les immortaliser et rendre hommage à leurs exploits. Ce seront "Les Championnes", compressées pour les réduire à l’état d’une plaque de 30 cm d’épaisseur et passées à l’équerre pour leur donner des contours réguliers.
Depuis cette date jusqu’à nos jours, CÉSAR poursuit sa création aux multiples visages : compressions, bronzes soudés, compressions de papiers et autres matériaux légers, collages d’allumettes, portraits de compressions...

CÉSAR ET LA SCULPTURE CONTEMPORAINE

Au XXème siècle, l’art se libère des entraves du réalisme passé et, avec une audace crois¬sante, l’artiste contraint la nature à se plier à sa vision du monde et même à s’effacer devant elle. Il devient un prospecteur, un créateur de formes, désireux d’inventer un univers inédit pour le substituer au monde familier qui l’entoure. C’est ainsi que naissent des mouvements comme le fauvisme, le figuratisme, le pop’art, le cubisme, l’expressionnisme, l’abstraction, le dadaïsme, le surréalisme. Ces nouveaux pôles d’attraction qui sollicitent les sculpteurs répondent à des préoccupations différentes : le cubisme fait éclater l’image du visible et refuse le volume, ce qui conduit à une remise en cause de l’essence même de la sculpture ; l’abstraction, qui affirme le rôle constructif du vide, tend à une "dématérialisation" de la matière ; le surréalisme qui prône la conquête et l’approfondissement de l’inconscient, est, quant à lui, le recours pour des sculpteurs qui redoutent le cubisme, l’abstraction et l’académisme...
L’art d’aujourd’hui est riche de cette multiplicité et de cette complexité. Il s’alimente à des flux qui se croisent, se démultiplient, se ramifient, se rajeunissent, se rejoignent, se séparent. Mais que l’on n’aille pas voir là désordre ou confusion ; tous ces courants concourent, en fait, à une harmonie d’ensemble dont chaque artiste est un maillon.
Dans ce foisonnement créatif de notre XXème siècle, l’œuvre de CÉSAR prend une valeur de témoignage de l’évolution de la notion d’art. Ses fers, ses compressions, ses expansions, ses plaques, ses moules, ses empreintes humaines géantes... et surtout son fameux pouce ou encore son centaure donnent son extraordinaire parcours artistique.

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"Les championnes" ; compressions en plaque

Le visionnaire

CÉSAR est un artiste visionnaire, un observateur étonné au regard perpétuellement en alerte, curieux de tout, prêt à tout. Il a su s’intégrer parfaitement à son temps, au contexte industriel et technologique pour tirer parti de l’immense progrès scientifique de l’après-guerre. Mais, dans le cercle des artistes, il a toujours occupé une place à part, une place unique. Car, bien que passionné par la modernité et ouvert à toutes les suggestions, à toutes les évasions, il est toujours resté attaché à la tradition, à l’amour de la matière et du bel ouvrage. Et c’est parfois avec douleur qu’il assumera ces forces contradictoires qui, pourtant, par étapes successives, construiront son œuvre où il affirme maîtrise et intelligence.

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Compressions de roues de vélo - 1970_ (H 65 cm)

La démarche artistique de CÉSAR est le contraire de la démarche cérébrale qui s’élabore sur le papier avant d’être mise en application à l’atelier. C’est en "tripotant la matière", en expérimentant des assemblages, qu’il sent naître en lui des impulsions créatrices. « Si mes mains ne travaillent pas, ma tête est en vacances », affirme-t-il.

Dompter la matière

Une des constantes de sa démarche artistique est son intérêt pour la matière. Il suit toujours la logique du matériau qu’il utilise et cherche sa vérité en se mesurant avec lui, en l’affrontant, en le domptant. Qu’il s’agisse du fer, du polyuréthane, du bronze, il faut que l’alchimie créatrice ait lieu, mais sans jamais rompre le lien avec le réel. Il n’est qu’à penser à son "Valentin", à sa "Poule Andrée", à sa "Cocotte", à sa "Rambaud" et autres "Poules à ailettes" sans oublier "la Grosse", "la Ginette" ou "le Centaure" qui sont autant de clins d’œil vers 1’homme. Ses animaux, particulièrement ses poules, mais aussi ses personnages impressionnent à la fois par leur naturalisme et par leur parfaite irréalité. On trouve en eux le génial inventeur de formes.
CÉSAR, d’emblée, s’est mesuré aux extrêmes en cherchant à embrasser le réel dans sa totalité. Pour l’artiste, la sculpture est un travail incessant sur les formes et sur la matière. Pour ses premières sculptures, avec les rebuts de notre monde industriel, avec ce que l’on jette, avec ce que l’on méprise, il réinvente tout un monde organique et vrai. Et là, mesurant le risque encouru d’être enfermé dans une "poésie de déchet", il s’en libère en compressant. Mais, dans le Paris de 1960, surtout tourné vers un art abstrait tout en finesse et en subtilité, le geste de CÉSAR qui expose trois compressions de voitures, datées et signées du salon de mai, représente une véritable rupture.

La nouvelle voie

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Portrait de compression

Les compressions viennent d’entrouvrir pour les artistes une voie nouvelle dont on a eu du mal au début à mesurer les véritables perspectives. Et il a fallu du temps pour prendre la juste mesure de cet acte et en saisir nettement toute la singularité : primauté du langage quantitatif, introduction dans l’art d’un objet industriel arraché à son cadre de production, utilisation du potentiel d’expression plastique d’un objet parvenu à son stade final d’utilité.

Pendant les 5 années qui suivent les "compressions historiques" de 1960, CÉSAR en authentique précurseur traverse une période de doute sur le plan artistique. Entre une voie avant-gardiste et une voie plus traditionnelle, il hésite. Dans son combat contre lui-même, il est soutenu par le Groupe des Nouveaux Réalistes, mais trop indépendant d’esprit, il va finalement refuser de se laisser enfermer dans cette théorie.

Les multiples langages

Les compressions n’étaient qu’une étape, non une fin en soi. L’angoisse créatrice reprend CÉSAR et arrive le moment de la méditation. La sculpture n’est jamais finie, elle est toujours à faire. Le réel n’est que le prétexte pour dépasser la forme et la matière. Il se donne alors le plaisir de refaire du "Nu", comme à l’École des Beaux Arts : c’est la "Victoire de Villetaneuse". Puis la recherche reprend et c’est la découverte du polyuréthane et de ses formes libres avec les expansions, puis du plastique et de la sculpture anthropomorphique, du bronze soudé et de son bestiaire réinventé, du verre, du cristal, des métaux précieux...

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Expansion "Montagne de têtes" - polyuréthane expansé (1973)

CÉSAR alterne assemblages, soudures, plaques, expansions, compressions, empreintes... Mais s’il emprunte de multiples voies, il n’a de cesse d’enrichir ses travaux antérieurs : pendant les compressions, il continue à travailler sur des sculptures en ferraille ; pendant les expansions, il revient à des recherches anthropomorphiques ; pendant les collages, il fait des compressions, des bronzes soudés... En s’adonnant ainsi à toutes ces techniques, il embrasse toutes les possibilités qu’il entrevoit, toutes les réalités, toutes ses réalités. Il joue à loisir de cette société comme de langages différents qui se séparent et se retrouvent, qui se complètent ou s’opposent. Car CÉSAR n’est figé dans aucun style ; pour lui, l’acte de créer avec ce qu’il renferme d’excitation mentale et d’instantané est plus significatif que la notion de mouvement ou d’école. Et, bien avant ses contemporains, il s’est avisé que ces va-et-vient sont bien plus importants que la recherche d’un style, que ces allées et venues créatrices stimulent les conquêtes.

Inventer et ré inventer éternellement

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Plaque Rasmussen - 1975 - (H 130 cm)

Les sculptures de CÉSAR nous font, en quelque sorte, entrer dans l’intimité de l’artiste car elles portent la marque de ses questionnements, de ses affrontements, de ses juxtapositions, de ses « ruminations », de ses trouvailles, de ses victoires. Toutes ces audaces, qui rompent avec la routine de perception et avec les moyens habituels de création ont servi de levier pour l’évolution de la sculpture contemporaine, un levier extraordinairement riche de potentialité. En ce sens, CÉSAR a, plus que tout autre, contribué au bouillonnement artistique de notre siècle. C’est pourquoi, de nos jours, il est considéré à travers le monde comme un prodige de la sculpture contemporaine. Maître amoureux de la matière, il réinvente le monde, il réinvente la vie. Chez lui, l’angoisse précède toujours la décision et elle accompagne tout le cheminement de la création, elle est donc partie intégrante de son œuvre. Une œuvre où l’on retrouve les données de son enfance, l’enseignement académique, la vie de tous les jours, l’apport de la société industrielle et technologique, l’accord avec la matière...
Sa vie est jalonnée d’œuvres prémonitoires et de retours en arrière mais, au-delà de ces ruptures, il n’y a qu’une soif jamais assouvie de perfectionnement et de recherche, la conviction que tout reste éternellement à inventer.

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Compression de vélo - 1987

CÉSAR est clairvoyant sur la problématique de la sculpture. Dans son articulation avec les avancées technologiques et industrielles de notre époque, son art véhicule une sensibilité moderne, plus, il est la modernité de la sculpture du XXème siècle. Trouver une forme nouvelle, inventer de nouveaux codes, de nouvelles harmonies, remettre en question l’acquis, apprivoiser la matière... tels sont ses défis. Et l’on peut dire que le premier il a, par son geste créatif, revendiqué le droit de penser sa sculpture hors de l’assujettissement à une perspective établie.
Précurseur de génie, hors des références et des étiquettes, CÉSAR a saisi toutes les opportunités de son époque tout en recomposant les mystères de la tradition. Avec sa façon bien à lui de scruter ce qui l’entoure, de métamorphoser ce qu’il voit, il nous fait découvrir le monde à travers le filtre de son imaginaire.
Artiste par qui le futur est arrivé sans que notre époque ne s’en doute vraiment, il domine pleinement l’art contemporain.

Jean-Charles HACHET, Art et Biologie,1997

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