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Apport de la porcelaine et de la céramique dans la sculpture


L’art de façonner l’argile, matière malléable, et d’en tirer des formes par la cuisson, est sans doute l’une des premières manifestations du génie artistique de l’homme. Cette pratique utilisée dès la préhistoire pour faire des objets qui se veulent alors essentiellement utilitaires, n’est pas sans rappeler le geste du sculpteur.

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Carrosse royal, manufacture de Dresde, 46 x 18 x 15 cm.

Ainsi dès l’origine, l’art de la céramique sous toutes ses formes est étroitement lié à la sculpture dont la technique de base qui reste le modelage avec l’argile comme matériau privilégié, est directement issue de ces pratiques anciennes. Le modelage en effet constitue l’acte initial du sculpteur, le moulage n’intervient que pour assurer la conservation, le perfectionnement ou la diffusion d’une œuvre déjà existante.

La porcelaine tendre ou dure est une pâte céramique difficile à travailler ; fabriquée pendant des siècles en Extrême Orient, elle commence à être produite en Europe au début du XVIIIe siècle seulement avec la découverte du Kaolin en 1709, c’est à dire près d’un millénaire plus tard.

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Ernest Meissonnier le grand peintre des épopées napoléennes reconnait s’être beaucoup inspiré des figurines en porcelaine.
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Ernest Meissonnier le grand peintre des épopées napoléennes reconnait s’être beaucoup inspiré des figurines en porcelaine.

Modelée dans une terre appropriée, une sculpture dont l’esquisse est souvent réalisée en terre crue avant d’être soumise à la cuisson, peut ensuite faire l’objet de toutes les métamorphoses. Dés le XVIIIe siècle, des maîtres potiers ont ouvert la voie à une céramique d’art attachée à la création d’œuvres uniques.

L’apport de la porcelaine à la sculpture se caractérise par un enrichissement de la production des œuvres sculptées à différents niveaux : style, forme, iconographie. Ainsi la sculpture" l’Europe et l’Amérique " par Le Boiteux d’après Oudry influencera Emmanuel Frémiet pour ses chevaux de la fontaine des jardins l’Observatoire à Paris. Le Vase de la Renaissance en porcelaine de Sèvres orné de reliefs peints en couleur par Chenavard en 1830, va permettre à la sculpture de redécouvrir la couleur. Les formes stylisées modelées à Copenhague dès 1889 seront reprises plus tard par le sculpteur animalier Pompon (qui adopta les formes épurées des porcelaines) et Jean-Louis Ernest Meissonier, peintre et sculpteur des grandes épopées napoléoniennes, va s’inspirer des modèles en porcelaine réalisés sur ce thème. Les nombreux artistes et notamment les sculpteurs de talent qui vont occuper des postes clés dans la plupart des grandes manufactures vont largement contribuer à l’essor de cette nouvelle technique pour la réalisation d’œuvres d’art. Pour les pièces petites ou moyennes, la porcelaine constitue pour certains d’entre eux, une véritable alternative au bronze et surtout au marbre dont l’aspect peut être comparé au biscuit non décoré non émaillé.

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L’Europe et l’Amérique, par Le Boiteux, d’après Oudry, porcelaine tendre émaillée blanche, Vincennes, 1752, influença Emmanuel Frémiet pour ses chevaux de la fontaine des jardins de l’Observatoire à Paris
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L’Europe et l’Amérique, par Le Boiteux, d’après Oudry, porcelaine tendre émaillée blanche, Vincennes, 1752, influença Emmanuel Frémiet pour ses chevaux de la fontaine des jardins de l’Observatoire à Paris

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Carrosse royal, époque moderne, 49 x 10 x 7,5 cm.

Avec ou sans ornement, blanche ou colorée, la porcelaine travaillée dans des manufactures artisanales ou plus récemment par des industriels, va donner naissance à des sculptures d’une grande beauté. Les premières réalisations de porcelaine en Europe restent très influencées par l’Extrême Orient et notamment par la Chine mais dès la fin du XVIIIe siècle, les grandes manufactures vont s’affirmer et développer leur propre style. La production illustre les thèmes les plus divers en fonction des modes, des courants artistiques ou du contexte politique : figures allégoriques, mythologiques, religieuses, scènes de genre familiales ou rustiques, scènes de chasse, portraits de personnages illustres sans oublier les animaux qui participent, lorsqu’ils ne sont pas représentés pour eux-mêmes à illustrer ces différents sujets.

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Pour son Ours blanc François Pompon adopta les formes épurées de "Bing et Grondahl"
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Ours blanc "Bing et Grondahl" aux formes épurées

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Meissen : Berger tricotant avec un bélier et deux brebis, 33 x 39 x 14, 5 cm, signé « O. Ti lz » par le sculpteur

Deux grandes manufactures, Meissen et Sèvres, toujours en activité aujourd’hui, s’imposent dès le XVIIIe siècle en raison de l’importance et de la qualité de leurs productions.

Fondée à Dresde en 1710, la manufacture de Meissen est la première manufacture de porcelaine allemande.
C’est en effet à Meissen que vont apparaître les premiers objets sculptés en porcelaine imités à partir de 1720 par la plupart des manufactures européennes. Aussi, la nécessité de protéger la porcelaine de Meissen des contrefaçons est apparue très tôt. La signature de la manufacture sous la forme de deux épées bleues croisées (rappelant les manches du manteau des électeurs de Saxe) est peinte sur chaque pièce. C’est la plus ancienne marque déposée encore en usage aujourd’hui.

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Poule, statuette, porcelaine dure de Saxe, modèle exécuté sous la direction de Kändler

Les sujets produits à Meissen sont des plus variés, ils répondent au goûts de l’époque et connaissent un énorme succès, mais c’est surtout avec l’arrivée du sculpteur Johann-Joachim Kändler, créateur de l’expression plastique pour la porcelaine européenne que le rayonnement de Meissen va atteindre son apogée.

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Meissen, Turc debout à la guitare, statuette exécutée sous la direction de Kändler, Musée National de la céramique, Sèvres.

Employé à la manufacture de 1731 à 1765, il va donner naissance à d’innombrables modèles notamment animaliers qu’il affectionne tout particulièrement. Ses animaux en porcelaine sont de facture très réaliste, conformes en tous points à leur aspect naturel : Cacatoès, Vautour, Paire d’ours peints… A partir de 1730, un autre sculpteur, Johann-Gottlieb Kirchner, s’intéresse également à la sculpture animalière avec des pièces de grandes tailles particulièrement difficiles à réaliser. Entre 1895 et 1901, sous la direction de Brunnemann, la manufacture intègre progressivement l’Art nouveau dans ses réalisations notamment plastiques avec des modèles de Paul Scheurich (1883-1945). La manufacture de Meissen porte aujourd’hui le nom de Manufacture nationale de porcelaine de Meissen.

La découverte du biscuit de porcelaine par Jean-Jacques Bachelier en 1740, va permettre à la porcelaine française de rivaliser avec Meissen. Le biscuit, sculpture en pâte tendre, composé de différents éléments et non d’argile pur, cuit sans émail et sans couleur, se distingue des sujets colorés de Meissen.

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Vincennes, Chinois soutenant une corbeille d’après Boucher, porcelaine tendre, 1752

Entre 1740 et 1756, deux procédés sont conjointement utilisés : les sculptures sont moulées ou sculptées à la main avant d’être cuites dans un four. Dès 1746, des sculpteurs s’intéressent à la porcelaine de biscuit qui s’inspire de modèles imaginés par des artistes de talent comme François Boucher ou encore par Oudry, dont les scènes de chasse sont reproduites en porcelaine par Blondeau : Chasse au Cerf, Chasse aux loups, Chasse au sanglier, Chien poursuivant un cygne dans les roseaux, Chasse au canard.
En 1756, la manufacture s’installe à Sèvres dans des locaux spécialement construits à cet effet.

L’histoire de la sculpture en porcelaine de biscuit se confond dans une large mesure avec l’histoire de la Manufacture de Sèvres qui depuis sa création jusqu’à nos jours, sur des modèles anciens ou contemporains, va donner à cet art toute sa dimension artistique. C’est en effet incontestablement à la Manufacture de Sèvres que le travail de la porcelaine et la sculpture en particulier, atteindra la perfection servie depuis l’origine par les plus grands artistes.. En 1757, le sculpteur Etienne-Maurice Falconet prend la direction de l’atelier de sculpture où il va exercer jusqu’en 1766. Grâce à son génie et son sens de la perfection, il offre à la Manufacture ses plus belles productions artistiques. Bachelier qui lui succède en 1767, persuadé que la porcelaine peut remplacer le marbre, fait réaliser de nombreuses éditions d’antiques ainsi que des œuvres d’après les sculpteurs célèbres de l’époque comme Pigalle.

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Surtout de table, La chasse, Valet de chien, pièce latérale modelé par P. Blondeau, d’après Oudry, 1776.

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Fagon, médecin de Louis XIV, statuette en porcelaine dure de Sèvres, émaillé blanche, exécutée par Le Riche en 1774, Musée National de la Céramique, Sèvres.

La sculpture animalière apparaît dans les modèles de Louis Félix Larue (1730-1775) inspirés par Flamant représentant surtout des groupes d’enfants avec des animaux : Enfants à l’oiseau, Enfants au poisson etc… Les animaux sont également largement représentés dans les œuvres de Jean-François Le Riche, collaborateur d’ Etienne-Maurice Falconet à Sèvres. On lui doit notamment : Chienne caniche, Epagneule flamande, Faune au chevreau, Faune au tigre, Chien du Duc D’Orléans…
Le sculpteur Louis Simon Boizot qui se consacre entièrement à la sculpture en biscuit, dirige l’atelier de sculpture de 1773.à 1802. Ses figures allégoriques (La fidélité, La force guidée par la raison), mythologiques ou ses scènes de chasse (Chasseuse au lévrier, Chasseuse au Chevreuil) font place pendant la révolution à une iconographie plus officielle. Invité par Carrier-Belleuse qui dirige les travaux d’art à Sèvres de 1875 à 1887, Auguste Rodin rejoint la manufacture où pendant quelques années, il va s’intéresser aux décors gravés.

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La Méditation, porcelaine tendre, modèle de Boizot, 1775 (tirage réalisé en 1785)

En 1889, la découverte par des chimistes de Sèvres d’une nouvelle pâte de porcelaine dont la couleur légèrement ambrée donne au biscuit une teinte plus chaleureuse, permet à la Manufacture de renouer les liens avec de grands sculpteurs comme Rude, Carpeaux, Houdon ou encore Dalou. Il convient de souligner la part tout à fait essentielle consacrée par la manufacture à la sculpture animalière la fin du XIXe et dans la première moitié du XXe siècles. Avec le concours de nombreux sculpteurs qui ont fait de ce thème leur spécialité, la manufacture produit en effet pendant cette période un grand nombre de modèles parmi lesquels : Charles Arthus (Lapin), Ducuing (Diane au lévrier), Emmanuel Frémiet (Amour et paon, Lévrier, Singe à l’escargot), Georges Gardet (Chat et cocotte, Chevrette, Chien danois assis), Gauvenet (Bison, Cacatoès, Chien lévrier, Eléphant), Georges Lucien Guyot (Eléphant, Ours, Singe.) Louis de Monard (Centaure sanglier, Chevreau, Chien au crabe), Nam (Chat assis), Jean Pavie (Biche et son petit), François Pompon (Bison, Colombe), Charles Valton (Chien de montagne, Sanglier), Marcel Edouard Sandoz (Chat, Crapaud, Lapin, Perruches, Poisson, Poisson-volant, Singe assis…). A noter que les modèles de Barye, jugés trop chers ne furent jamais traduits en porcelaine.
Sous la direction de Georges Lechevallier-Chevignard, entre 1920 et 1937, Sèvres fait appel à des artistes célèbres comme Henri Laurens, Paul Vera, Jean Dufy, Giorgio de Chirico, Marie Laurencin ou encore Ossip Zadkine. Les lignes géométriques de la période suivante, fragmentées par la suite, vont peu à peu conduire la sculpture vers l’abstraction.

A côté de ces deux grandes manufactures, d’autres fabriques de porcelaine se développent à partir de XVIIIe siècle, en France, en Allemagne, en Italie, en Angleterre et plus largement dans toute l’Europe. Certaines limitent leur activité à des vases ou des objets de vaisselle, mais d’autres sont également célèbres pour la qualité artistique des sculptures issues de leurs ateliers et réalisées avec le concours de grands artistes, à l’image de Meissen ou de Sèvres dont elles visent souvent à imiter les créations. Nous nous contenterons ici de donner quelques exemples parmi les plus significatifs.

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Groupe en porcelaine, Frankenthal Karl Théodore 1770-1789

A Chantilly, des manufactures fabriquent dès 1730 des sujets animaliers puis plus tard, de très belles collections de statuettes en biscuit d’après des modèles du sculpteur Jean-Jacques Pradier (1792-1862).
Limoges qui s’impose comme la cité d’art industriel de la porcelaine à partir du XVIIIe siècle, abrite alors plusieurs entreprises : la manufacture de Michel et Valin, la manufacture de Henri Ardant avec des modèles de A. Carrier-Belleuse, ou encore la manufacture créée par Jean Pouyat en 1823. Le céramiste Camille Tharaud, inscrit la porcelaine de Limoges dans ce mouvement de rénovation de l’art de la céramique, amorcé à la fin du XIXè siècle. Parallèlement à une production classique de vases, il développe, dans les années 30, une production d’objets parfois insolites, utilitaires ou décoratifs en porcelaine dans le style « Art déco ». Avec Théodore Haviland, on observe un rajeunissement du décor, l’emploi de couleurs vives en aplat et une nouvelle typologie ainsi qu’en témoignent les sujets en porcelaine exécutés d’après les modèles du sculpteur animalier Sandoz parmi lesquels : Cendrier grenouille, Hérisson et coupe, Ara, Cacatoès, Canards mandarins, Merles d’Afrique, Pigeons boulant, Cacaotés perché….La porcelaine de Limoges connaît dès l’origine des succès commerciaux mais également artistiques qui perdurent encore aujourd’hui.

Depuis 1948, l’appellation officielle « Porcelaine de Paris », qui s’appliquait à toutes les porcelaines issues des ateliers parisiens, est réservée à la fabrique installée depuis 1829, rue de la Pierre Levée. Cette manufacture, toujours en activité fait appel dès l’origine aux plus grands artistes comme Chardin, Boucher et Watteau. Elle demeure encore actuellement un label de qualité. Parallèlement à son activité essentiellement orientée vers la fabrication de services de table et de vases, la Porcelaine de Paris s’intéresse à la sculpture. Dans les années 20, elle réalise l’édition d’une série de sculptures animalières sur des modèles de Sandoz plus ou moins insolites, spécialement créés pour l’occasion par le sculpteur parmi lesquels : Chat, Deux Perruches ou « Le Secret » , Chien à la sauterelle, Singe –cendrier …

En Allemagne les manufactures sont souvent installées dans les régions de Saxe et de Thuringe, proches des gisements de kaolin. La demande d’objets en porcelaine et notamment de vases se faisant plus rare, la sculpture commence à prendre de l’importance au XVIIIe siècle.
Située à l’origine à Strasbourg, la manufacture de Frankenthal est contrainte de s’exiler dans cette ville située de l’autre côté de la frontière, d’où son nom, afin d’échapper à l’interdiction de Louis XV qui exclut à l’époque toute fabrique de porcelaine dans le royaume de France en dehors de Vincennes. Elle utilise surtout le kaolin de Passau qui rappelle par sa couleur la pâte tendre française. Avec des modeleurs comme Johann Friedrich Luck ou Konrad Linck, la sculpture occupe une place de tout premier plan dans cette manufacture qui sera à nouveau rattachée à la France en 1795 avant de cesser son activité en 1799.

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Frankenthal, Arlequin, statuette, porcelaine dure, 1775, Musée national de la céramique, Sèvres.

La manufacture de Höchst, créée en 1746, conserve jusqu’à sa fermeture en 1796 un bon niveau artistique. Ses figurines représentant notamment des animaux sur des modèles du sculpteur Johann Gottfried Becker sont de très belles qualités.
Fondée en 1747, la manufacture de Nymphenburg située en Bavière compte parmi les plus réputées grâce notamment au concours de modeleurs ou de sculpteurs de grand talent comme Franz-Anton Bustelli qui rejoint la manufacture en 1754, Dominicus Auliczek qui lui succède ou encore Théodor Kärner de 1905 à 1918. On doit à Franz-Anton Bustelli l’une des plus belles réalisations en porcelaine du XVIIIe siècle inspirée de la Commedia dell’arte. Théodore Kärner, introduit l’art nouveau illustré notamment par l’une de ses œuvres, Deux Paons, qui témoigne de la réussite de cet art à Nymphenburg. Depuis le début du XXe siècle, l’entreprise qui conserve une production de style rococo conforme à sa tradition, s’intéresse à des formes et des décors contemporains.
La manufacture de Rozenthal qui fait appel à de grands artistes comme Hajdu, Vasarely, König, Moore ou encore la manufacture de Scheibe-Alsbach dont les figurines s’inspirent de tableaux de maîtres à l’image de Meissen, produisent également à compter du XIXe siècle de très belles sculptures.

A Vienne une manufacture créée en 1717, développe une production dans l’esprit de Sèvres avec Johann-Joseph Niedermeyer, chef des modèles à partir de 1747 puis Antoine Grassi qui lui succède en 1784 et dont les œuvres sont essentiellement en biscuit. La manufacture cesse son activité en 1866.
L’Italie compte plusieurs manufactures très réputées parmi lesquelles celles de Capodimonte et Doccia.
Située proche de Naples, la fabrique de Capodimonte qui voit le jour en 1743 produit des sujets en pâte jaunâtre très largement inspirés de Meissen. L’un des plus grands modeleurs de porcelaine en Europe, Giuseppe Gricci fournit des modèles vers 1745. Cette manufacture est plus tard transférée à Buen Retiro en Espagne.

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Capodimonte, Console en porcelaine tendre, 1756-1758.
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Maryas et Olympos, biscuit de porcelaine, Manufacture royale de Naples, modèle de F. Taglioni, 1800

La manufacture de Doccia fondée vers 1735 est très influencée à ses débuts par des artistes venus de Saxe. La production se crée une identité avec l’arrivée d’artistes italiens comme Antonio Smeraldi, Carlo Ristori, Giovanni Giusti. Sous la direction de Lorenzo Ginori, elle fabrique, dans une pâte nommée « masso bastardo », des statues de taille imposante dont la réalisation en porcelaine, très complexe était jusqu’alors inconnue. Vers 1930, elle réalise une série de sujets animaliers sur des modèles du sculpteur Sandoz : Corbeau, Poule, Singe Hurleur …Aujourd’hui la manufacture de Doccia qui concentre sa production sur la porcelaine d’art, est toujours en activité sous le nom de Richard Ginori.

En Angleterre, de nombreuses fabriques de porcelaines sont créées au XVIIIe siècle comme, Chelsea, Derby ou encore Wedgwood dont certaines ont survécu jusqu’à nos jours.
Réputée à l’origine pour ses figurines inspirées de Meissen, Derby produit également entre 1750 et 1775 environ, quelques figures animalières d’après André Planche. Vers 1820 apparaissent les statuettes « Derby dwarf », ou nains de Derby, modèles inspirés des nains placés devant la « Mansion House » de Londres. Ces sujets connaissent un grand succès et demeurent très populaires jusqu’au XXe siècle. Derby continue selon la tradition locale de réaliser des groupes en porcelaine représentant des animaux et notamment des paons sur le modèle exécuté vers 1829 par le sculpteur John Whitaker. Les récentes réalisations de Doulton comme « Images of nature », représentent des figures stylisées qui s’éloignent de la réalité visuelle. La manufacture est connue depuis 1935 sous le nom de « Royal Crown Derby ».

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Figurine Derby

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Chelsea "Le printemps"

Créée en 1745, la fabrique de Chelsea travaille uniquement la porcelaine tendre. Les sculptures animalières apparaissent avec des modèles de Louis François Roubillac qui représente notamment des chiens. En 1784, cette manufacture fusionne avec celle de Derby
La manufacture Royal Rochester est surtout connue ses séries d’oiseaux particulièrement réalistes, modelés par Dorothy Doughty, ornithologue de formation : « La collection d’oiseaux américains » qui comprend 44 sortes d’oiseaux et « La collection britannique » qui comporte 15 espèces différentes . Ces séries, produites pour la première fois en 1935, vont être réalisées jusqu’ en 1968.

Fondée en 1769 par Josiah Wedgwood dans le Staffordshire, la manufacture qui porte son nom, tient une place importante dans l’histoire de la céramique moderne. La fabrique fait appel à des artistes comme le peintre de chevaux Georges Stubbs (1724-1816) et des sculpteurs parmi lesquels John Flexman (1755-1820). A partir de 1878, sous la direction artistique de John-E Goodwin qui crée le bleu poudré, la production des médaillons et des figures en porcelaine devient caractéristique de Wedgwood.

Le travail de la porcelaine sous forme de figures sculptées est également pratiqué depuis le XVIIIe siècle dans d’autres pays comme le Danemark, la Hongrie, les Pays-Bas, la Russie, la Suisse.
Au Danemark, les manufactures de « Bing et Grondahl » et la Manufacture Royale, apportent au XIXe siècle une contribution particulièrement intéressante à la sculpture notamment animalière caractérisée par ses formes épurées. Elles contribuent également à rendre ce thème à la mode dans les manufactures scandinaves et allemandes. Dès 1888, la Manufacture Royale commence à réaliser des animaux sculptés : Poisson, Ours polaire (modelé par CF Liisberg en 1894) dont le sujet et la forme épurée seront repris plus tard par Pompon. La Manufacture « Bing et Grondahl » se distingue également par ses modèles animaliers parmi lesquels : Chat-huant blanc d’après Jahl Jensen (1900 environ).

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"Bing et Grondahl" - Jeune fille

Une manufacture fondée vers 1760 prés de Christianshavn, produit des sculptures en porcelaine tendre très largement inspirée des modèles français. Parmi les grands artistes qui contribuent à sa renommée, on peut citer le modeleur Anton -Carl Luplau, chef des modèles de 1776 à 1795 et le peintre Johann-Christoph Bayer qui rejoint la manufacture à partir de 1776. En 1824, sous la direction de Hetsch, la manufacture produit des vases d’apparat mais aussi des figures en biscuit. Cette entreprise s’est maintenue jusqu’à nos jours et conserve un excellente réputation pour ses réalisations artistiques.

En Hongrie, la manufacture de Herend est particulièrement célèbre. Créée en 1839 elle atteint son apogée sous la direction de son fondateur, Moritz Farkashazy-Fischer. De très belles réalisations représentant notamment des animaux sont issues de ses ateliers comme ce cerf de couleur naturelle avec 16 cors.

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Brame du cerf, porcelaine de Herend, 29 x 30 x 10 cm.

La manufacture de Rozenburg située au Pays-Bas est fondée en 1883 environ Ses créations qui s’expriment dans une porcelaine très fine, s’inspirent à l’origine des modèles chinois à la manière de Delf avant d’adopter plus tard les tendances de l’Art nouveau. Des artistes de grand renom comme J. Chellink, J-M. Rossum, W-P. Hartgring, vont collaborer à la réussite de la production. Aujourd’hui, les pièces Art Nouveau, issues de cette manufacture sont parmi les plus prisées du marché.

En Russie, on peut citer la manufacture fondée en 1765 près de Moscou, spécialisée dans la fabrique de figurines, Fink, célèbre pour ses statuettes d’animaux aux contours bien dessinés, ou encore la manufacture de Saint-Petersbourg où le peintre Sakharov et le français Rachette, auteur d’une série de médaillons à portraits et de bustes en biscuit, vont marquer le style de la production.

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Parnasse de Russie (détail)

Créée en 1906 dans le canton de Berne en Suisse, la manufacture de Langenthal réalise sur des modèles du sculpteur Sandoz plusieurs figures animalières en porcelaine entre 1940 et 1960 environ : (Cacatoès, Deux Perruches, Singe assis…) ainsi qu’une série de lapins : Lapin tête tournée, Lapin oreille baissée, Lapin couché, Lapin allongé …
La ville de Prague compte plusieurs manufactures dont la plus ancienne est créée en Bohème en 1793. La production de porcelaine qui débute seulement en 1837 se distingue par les qualités plastiques de ses figurines.

Quelques manufactures parmi les plus célèbres, souvent concurrentes rivalisent d’adresse pour réaliser des pièces particulièrement complexes comme des carrosses aux contours fragiles dont les détails savamment reproduits, fidèles au modèle, représentent un réel défi pour les artistes.


Dans l’art contemporain, la céramique connaît un regain de faveur en particulier auprès des peintres mais aussi des sculpteurs. Picasso par exemple, pour citer l’un des plus célèbres, a largement contribué à donner à cette technique un nouvel éclat . A Vallauris notamment où il avait installé ses ateliers, l’artiste va en effet consacrer beaucoup de temps à la pratique de la céramique. Il tente d’ailleurs de faire partager son enthousiasme au sculpteur Henri Laurens à qui il recommande en 1948 « vous devriez faire de la céramique, c’est magnifique ».
La démarche de ces artistes s’inscrit dans une recherche visant à tester une nouvelle approche de la création artistique à travers une autre technique. Picasso l’aborde avant tout en sculpteur.

L’animal, souvent pris comme modèle par l’artiste est largement présent en céramique sous forme d’objets décoratifs, plus rarement utilitaires : Colombe (1955), Chouette (1949), Gargoulette Zoomorphe (1952), Vase Zoomorphe (1954), Echassier (1947-1948), Faunesse (1948), Cabri (1947 –1948).
Chagall fait appel également à la céramique pour la réalisation de quelques pièces et notamment des vases qui comportent des motifs animaliers. : Les fiancés en 1957, Les amoureux et la bête, L’âne bleu en 1954.
D’autres sculpteurs contemporains en Europe s’intéressent à la céramique.
Ruth Duckworth, d’origine allemande travaille comme sculpteur à Londres. En 1944, elle commence à s’intéresser à la poterie avec des créations aux formes arrondies, puisant son inspiration dans la nature (mer, paysages). Les travaux du sculpteur britannique Geoffroy Swindell sont également inspirés par l’environnement marin comme les crustacées qui composent notamment ses constructions en porcelaine.
L’art pop, punk, les nouvelles technologies ne sont pas sans effet sur l’art de la céramique qui imagine d’autres techniques adaptées à ces nouvelles tendances. En association avec Wedgwood, le sculpteur Glenys Barton utilise la porcelaine phosphatique coulée pour certaines de ses créations.

A Sèvres, la sculpture en porcelaine de la deuxième moitié du XXe siècle fait appel à des artistes connus aux pratiques originales comme Anne et Patrick Poirier et François-Xavier Lalanne, auteur en 1964 de cette étonnante composition en porcelaine à usage de bar supporté par deux autruches (largeur, 193 cm).

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Composition, François Xavier Lalanne

Aujourd’hui, la manufacture met toujours son savoir-faire au service des créateurs contemporains.

« L’auteur tient à remercier Madame Tamara Préaud, chef du département des collections à la manufacture de Sèvres, connue au plan international pour ses travaux. »

Jean-Charles HACHET, Arts et biologie, septembre 2006

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